« Si je peux sauver une seule personne grâce à ma musique, tant mieux, j’aurais fait mon boulot et je pourrai mourir sur mes deux oreilles. Si je peux rendre quelqu’un moins seul par ma musique, j’ai réussi mon but ! »
Le groupe vaudois Noï, composé actuellement de Minh Lâm-Thành (guitare-chant), Rafael Prieto (batterie), Stéphane Blanc (basse), Sacha Lâm-Thành (clavier-platine) et Fanny Ernst (peinture) voit le jour en 1997. Le nom de la formation a été mûrement choisi et réfléchi. Le chanteur explique que « NOÏ est en fait une contraction du roumain et du vietnamien, mot qui signifie dans ces deux langues respectives : nouveau et lieu. Soit nouveau lieu. La singularité et l’hypnotisme de notre musique amène inexorablement l’auditeur vers un nouveau lieu ».
En 1998, les vaudois remportent le 1er prix du tremplin rock « Studio One » à la télévision suisse romande après avoir séduit le public, en live, durant huit semaines. Peu à peu, Noï se fait connaître à une plus grande envergure, notamment par Couleur 3 qui passe sur ses ondes « Viens sentir » (1er titre Repérage). C’est en 2000, signé par un label indépendant suisse, que les vaudois sortent leur 1er album « Malice de beauté ». Puis en 2001, explique le chanteur, « il y a eu une scission. On s’est retrouvé dans une situation où on ne gagnait pas encore notre vie de la musique, mais on devait en même temps être disponibles à 100%. Pour l’ancien batteur et l’ancien bassiste ce n’était pas possible. Nous avons donc changé de musiciens. Et chose assez incroyable, je me suis retrouvé avec les mêmes musiciens avec qui j’avais commencé à faire de la musique ». Depuis, le succès de Noï s’en va grandissant et les concert s’enchaînent (Rock Oz’Arènes, au Francomania de Bulles …), et il entame une tournée promotionnelle en Suisse, au Québec et en France.
En 2004, un 2ème album « L’astre sans sollicitude » sort. « Ce 2ème CD a été fait dans la douleur. Nous avons en fait mis 3 ans à le sortir, ce qui nous a beaucoup frustré. Nous avons été confronté à des problèmes liés aux influences des maisons de disques. Après sa sortie, on a pu faire le Paléo Festival, on est allé au Canada, etc. Finalement ça s’est plus ou moins bien passé » commente Minh. Un an plus tard, Noï décide de casser le contrat avec son ancien label. Le groupe se consacre alors à des concerts de rodage et de promotion.
Et le 1er mars 2006, sort un 3ème album « Ouvre les yeux » qui représente le 1er opus d’un triptyque consacré à l’éveil, puis au combat et finalement à la réflexion, soit un disque par thème et théoriquement par année. Ce concept n’aurait jamais pu se faire du temps où le groupe travaillait sous contrat. « On a pu auto produire ce dernier album. C’est vraiment le 1er que nous faisons en totale liberté et qu’on a pu auto produire totalement. S’était comme une libération de pouvoir le faire, il symbolise en fait la renaissance de Noï. On a été tellement brimé par des choses qui n’avaient finalement rien à voir avec la création, avec la musique qu’on s’était presque perdu à un moment. Alors finalement, on s’est coupé du monde pendant 6 mois. On a vécu en autarcie avec le groupe dans une ancienne caserne où on a fait venir le matériel pour enregistrer et sortir cet album. C’est vraiment le meilleur disque qu’on ait fait. C’est vraiment celui dont on est le plus content ».
Quant est-il du travail de composition de Noï ? « On va dire que c’est une démocratie dictatoriale…c’est moi qui fait tout ; j’écris les textes et je compose la musique, après au local, on discute des arrangements etc… Par contre, chaque membre du groupe compose sa propre ligne. Moi je n’interviens pas là-dessus. Je n’interviens que sur la composition générale de la musique et des textes. Mais comme le dit le batteur, Rafael, je suis la locomotive et les autres se voient comme les wagons. Je pense que c’est quelque chose de nécessaire pour arriver à une musique singulière. Si tout le monde se met à composer on se retrouve en général avec une sorte de patch work de toutes les influences de tous les musiciens, et ce n’est pas l’idéal. Maintenant quand je crée un nouveau morceau, il n’y a même plus de passage d’audition. Je connais tellement les musiciens avec lesquels je joue que je m’autocensure à l’avance. Si je sens qu’un morceaux ne va pas leurs plaire, je ne leurs présente même pas. Et inversement, je sens qu’un morceaux va leurs plaire. » raconte le chanteur.
Pourquoi faire de la musique ? « Personnellement, je fais de la musique parce qu’elle m’a sauvé la vie plusieurs fois. Elle représente tout, elle fait partie de moi, c’est ma conscience, mon âme. Je pense que si on me l’enlevait, si on m’empêchait d’en faire, et c’est la même chose pour les autres membres du groupe, on serait comme un chat qui se laisserait mourir car il n’a plus envie de vivre… Des fois, quand on écoute une chansons on a l’impression que celui qui l’interprète a vécu la même chose que nous. Du coup on ne se sent plus seul. En fait par ma musique je n’ai pas envie de délivrer un message, je ne me sens pas assez important pour ça. Si je peux sauver une seule personne grâce à ma musique, tant mieux, j’aurais fait mon boulot et je pourrai mourir sur mes deux oreilles. Si je peux rendre quelqu’un moins seul par ma musique, j’ai réussi mon but ! La seule chose qui me ferait plaisir par rapport à notre public c’est qu’il puisse faire une sorte d’introspection, une réflexion sur la vie en général, lui donner envie de créer sa propre vision lyrique de nos morceaux, qu’il utilise sa créativité ». Ainsi, pour Noï, la musique semble leur apporter une énorme satisfaction, c’est une sorte d’énorme échange émotionnel avec le public qui leur procure un peu de paix tout en étant quand même un exutoire. « Ça nous apporte surtout une raison de vivre…Quand je parle avec des gens et que je leur demande quel est leur but dans la vie et qu’ils n’ont aucune réponse ça me fait peur…Je pense que d’avoir trouvé une raison de vivre c’est déjà avoir vécu à 50% sa vie. Au moins, on sait pourquoi on est là, et on ne se lève pas le matin sans savoir pourquoi… » conclut Minh.
Quand on demande au groupe si leurs chansons parlent de thèmes particuliers, il semble qu’a priori non. « Enfin, à l’époque de notre 1er album, j’écrivais des textes qui parlaient par exemple du SIDA, du Rwanda, etc. Finalement je me suis demandé qui j’étais pour pouvoir me permettre parler de tels sujets. C’est des choses que je ne connais pas, que je n’ai pas vécues, donc je n’en parle pas. A partir de ce moment-là j’ai décidé de ne pas parler de sujets que je ne connais pas. Maintenant, tous les textes de Noï sont des textes autobiographiques. Avec la force des choses, et de par mon vécu, je me trouve confronté à des problème récurent comme le racisme. Ça je peux en parler… Nos influences musicales sont assez éclectiques car nous écoutons toute sorte de musique, sinon la vie de tous les jours m’inspire parfois des films aussi. Il faut être assez fou et assez rêveur pour pouvoir créer. »
Quant à l’avenir de Noï, il semble plutôt bon. Le seul désir du groupe est de pouvoir continuer à faire des disques, des concerts et de pouvoir vivre de la musique, ce qui en passant n’est pas du tout évident ! Il ne me reste qu’à leur souhaiter bonne chance et beaucoup de succès pour la suite.


Focus
Une caractéristique propre à Noï ? « Depuis que notre groupe existe, on expérimente un concept. Il y a une peinture qui se crée en même temps que le concert. Et la peintre s’inspire pour sa toile des émotions du concerts parce qu’on improvise beaucoup pour peindre. A la fin du concert elle a terminé sa toile. Et on finit tous ensemble. C’est vraiment quelque chose de très intéressant comme partage artistique. Ça fait bientôt 10 ans qu’on expérimente cette idée. Maintenant, on va essayer de l’exporter aussi en France et au Canada pour nos prochains concerts. Actuellement, on voit beaucoup de groupes qui projettent des films sur grand écran pendant leurs concerts. C’est très intéressant et je trouve ça très cool mais en même temps ce que je trouve mieux c’est de garder le côté artisanal et sensitif de la peinture. On la sent, on la touche. Ce n’est pas pareil qu’un film. Pour moi ça paraît plus humain. On nous avait proposé de projeter des films pendant nos concerts, mais on a refusé. Je trouve que la peinture est plus en rapport avec la musique. C’est plus intimiste aussi… » explique Minh.
Notre avis
Il semblerait que l’album « Ouvre les yeux » soit beaucoup plus épuré, et moins agressif que les précédents. Il faut entendre par ça plus mature. Noï a évolué ce qui lui a permit de produire ce disque dans un état beaucoup plus calme et réfléchi. Comme l’a confié Minh. « On avait le temps pour enregistrer pour composer. Et en même temps on voulait faire ça dans un certaine urgence… vu qu’on s’était donné 6 mois on voulait qu’il y ait une certaine fraîcheur dans les compositions. Toutes les prises de voix on été improvisées. J’ai voulu garder uniquement les 1ères prises…parce que quand j’improvise un peu il m’arrive de produire des notes que je n’aurais pas fait consciemment ». En effet, ceci représente un aspect très particulier du CD. Il en ressort donc un sentiment de totale liberté qu’il n’y a pas sur les autres albums. Paradoxalement les textes sont plus introspectifs, plus noirs que ceux écrits précédemment. Comme les décrits le chanteur, « ils sont d’une noirceur éblouissante car ils sont tellement tristes que finalement ils dégagent un inexorable optimiste ». Noï est donc le créateur d’une musique très conceptuelle plutôt « intellectuelle » lui donnant une couleur unique et authentique. « Ouvre les yeux » est le fruit d’un travail de haute qualité dont les titres sont à la fois envoûtant et tétanisant sur des tonalités pénétrantes et pures.
clémence || le 15 mai 2006