L’autre jour, poussant vers l’est du Léman, j’arrivai dans une province reculée et quelque peu oubliée, Zouavia. En aval de Sierre et en amont de Martigny, je découvris une contrée bucolique, traversée en son milieu par un chatoyant cours d’eau, le Fleuve Congo.
« Welcome to Zouavia ! », me dit Nicolas, chanteur du Fleuve Congo. Membre du groupe depuis les débuts, qui remontent déjà à une bonne dizaine d’années, il en est d’ailleurs le seul rescapé originel. C’est donc en connaissance de cause qu’il répond à mes questions, comme la traditionnelle « Bon ben pour commencer, peux-tu me présenter ton groupe en quelques mots ? ». Il se plie à l’exercice : « Fleuve Congo, c’est une sorte de carrefour influencé dans l’instant par les membres qui le composent. Il y a un côté fun qui s’imprègne des musiciens du moment. En cela, on peut comparer le groupe à une troupe de théâtre, qui évolue au fil du temps et des spectacles montés. Actuellement, nous sommes sept musiciens, et cette formule date de février 2006 ».
OK, mais vous faites quoi comme musique ? Nicolas poursuit : « Notre répertoire est fortement teinté de ska reggae dub, c’est la sensibilité du moment. Notre duo basse-batterie est assez porté sur la chose. Mais au fond, nous sommes un groupe de crossover, on n’invente rien mais on a notre façon d’emprunter. Il y a plein de clins d’œil, à la chanson, au rock, au musette, au folklore tzigane… » C’est clair, ça s’entend sur le disque « Welcome to Zouavia » paru en mai 2005, mais le tout forme un ensemble plutôt homogène. Une musique festive, qui dégage beaucoup d’énergie. On imagine le rendu sur scène et l’effet sur le public : « Nous faisons une musique qui est plus à vivre qu’à écouter. Nous étions tous très engagés lors de l’enregistrement du disque, mais nous avons beaucoup plus de plaisir à acclimater les morceaux pour la scène. »
Justement, de la scène, Fleuve Congo en a dévoré depuis l’an passé. Des gigs en Valais, certes, c’est la mère patrie, mais surtout une liste conséquente de grandes scènes romandes, comme la scène FMR de Paléo et le festival off du Montreux Jazz cet été. Nicolas revient sur ces deux événements : « On a eu un accueil merveilleux. Ça nous a fait chaud au cœur de jouer en ces lieux, c’est un peu un honneur. Et puis quelque part, ça donne du crédit à ce que l’on fait, et ça débouche sur d’autres ouvertures. » À propos, Fleuve Congo a aussi fait quelques incursions en France voisine. « Nous avons la chance d’avoir une amie valaisanne installée en France, et qui s’occupe de nos contacts dans ce pays. À chaque fois que nous sommes allés jouer là-bas, nous avons été reçus d’une façon extraordinaire. Les organisateurs et les bénévoles agissent avec simplicité et un grand professionnalisme. Sans parler du répondant du public, c’est très chaleureux pour nous les peyouzes valaisans. On nous met très à l’aise, c’est fabuleux, » poursuit Nicolas. De bonnes expériences, donc. « Oui, on a vraiment eu un été 2006 extraordinaire. Et d’ailleurs, je tiens à remercier ici le public qu’on a eu, ça fait chaud au cœur, et surtout les bénévoles. On n’imagine pas le boulot que c’est de monter un festival, des soirées. Et ça, ça ne serait pas possible sans les bénévoles et quelques fois, il en faut beaucoup. Bravo à tous, on ne pourrait pas faire ce qu’on fait sans eux, » ajoute-t-il. C’est juste, il a raison.
Et la suite maintenant, ce sera quoi pour Fleuve Congo ? « Nous faisons un break côté concerts, nous nous consacrons au travail de répétition des nouveaux morceaux. Notre prochain album sera plus centré sur l’énergie et la rencontre. Nous avons plus de vingt morceaux qu’il nous faut nous approprier et leur faire subir l’épreuve du feu du concert. L’album devrait sortir au printemps 2007, mais en même temps, nous ne nous mettons pas non plus la pression, » dit Nicolas. Vous nous tiendrez au courant !




Focus
Oui bon, ben c’est bien joli tout ça, de m’accueillir en Zouavia. Mais enfin, késaco ? « En fait. c’est une métaphore du Valais dans son rapport avec le reste de la Suisse. Nous sommes une région de montagne, isolée des grands centres urbains. Nous les Valaisans avons un côté un peu paysan, comme une réserve d’indigènes », explique Nicolas. En tant que Jurassien, je vois tout à fait de quoi il parle… Il poursuit : « Nous sommes en quelque sorte le Congo de la Suisse, c’est un jeu de mots. Et le Valais est à la rencontre de deux plaques tectoniques, celle de l’Europe et celle de l’Afrique. Sur les hauts sommets des Alpes, on aperçoit quelquefois des taches roses, sur les neiges éternelles. Il s’agit de sable du désert africain, transporté au gré des grands vents. Je trouve ça fabuleux, ça ouvre la tête. Et cette coïncidence rejoint l’esprit ludique que nous essayons d’insuffler à notre musique ». Voilà donc l’explication, c’est tout de suite plus clair !
Notre avis
Fleuve Congo, c’est un concentré d’énergie et d’iconoclasme. Pour les avoir vus en concert quelques fois en 10 ans, dernièrement l’an passé et donc dans la formule actuelle issue de « Welcome to Zouavia », je peux confirmer que ça bouge dans tous les sens et qu’il y a de quoi rire. Les musiciens, déguisés en improbables bestioles et autres insectes colorés, sautillent dans tous les sens au rythme d’une musique festive qui contamine rapidement le public. On passe un bon moment au son de ce reggae, qui s’il est très fusionné, ouvre néanmoins la porte à de multiples possibilités sur scène, qu’on sent bien apprivoisée par les musiciens.
yann || le 11 septembre 2006