Le trio bâlois Aphid est spécialisé dans les grooves atypiques et les ambiances aériennes. Ce groupe instrumental s’engouffre dans toutes les ouvertures, rappelant par moment les grandes heures du rock progressif des seventies, tendance King Crimson.
Nick Broadhurst est un guitariste néo-zélandais qui a quitté son île natale pour suivre sa petite amie en Suisse. Arrivé aux antipodes, il cherche à poursuivre un projet musical né en Nouvelle-Zélande et se met en quête des musiciens qui sauront habilement le seconder. A l’automne 2004, il tombe sur un batteur delémontain alors au Conservatoire de Bâle en section jazz, Antoine Kauffmann, lors de son concert de diplôme. Il est séduit : « Il m’a carrément demandé mon numéro. Nous avons commencé à répéter ensemble, tout en étant à la recherche du bassiste rêvé », raconte Antoine. C’est seulement l’été suivant que les deux musicos dénichent enfin la perle rare en la personne de Stefan Brunner, un bassiste autodidacte professionnel très actif en freelance sur la scène bâloise. La formule du trio ainsi définie, le groupe prend le nom d’Aphid et commence à se produire en concert, principalement en Suisse alémanique.
Les quelques apparitions faites à l’automne 2005 débouchent notamment sur un contrat de résident au Cargo, un bar bâlois qui programme des mardis jazz. Pendant trois mois, Aphid se produira sur cette scène un mardi sur deux, réussissant à attirer et retenir une certaine clientèle (voir Focus) avec sa musique, un rock instrumental aux couleurs sombres, entièrement pensé par Nick Broadhurst. « Quand il est arrivé en Suisse, il avait déjà certaines chansons de prêtes, ainsi que beaucoup d’idées pour les suivantes », nous dit Antoine. Jusqu’ici, le trio a donc monté le répertoire lui permettant de se produire en concert, tout en travaillant à la cohésion des musiciens entre eux. Début 2006, Aphid enregistre un CD démo comprenant 5 titres dans les locaux de l’association Gnom’n’Co, à Delémont, dans un but de promotion.
« Malheureusement, notre guitariste s’est cassé le coude en septembre et du coup, Aphid était en stand-by. Ça nous a coupé des possibilités, comme par exemple deux dates à Berlin ainsi qu’un concert au Bar King de Neuchâtel. Mais à présent, c’est reparti, nous jouons vendredi lors d’une soirée privée à Berne », explique Antoine.
Et maintenant qu’Aphid est de nouveau opérationnel après cette pause forcée, quelle est la suite des opérations ?
« Actuellement, nous visons trois objectifs : premièrement, poursuivre les gigs, nous avons d’ailleurs un nouveau contrat au Cargo de Bâle de janvier à mars 2007. Ensuite, nous allons continuer à développer notre répertoire, en allant vraiment vers le rock et en abandonnant les références au jazz et au funk. Nous souhaiterions également commencer à travailler avec quelqu’un au chant, il nous sera ainsi plus facile de démarcher les organisateurs qu’en version instrumentale. Enfin, nous recherchons un label afin de pouvoir enregistrer notre premier vrai disque », poursuit Antoine. Tout un programme, sur lequel Aphid va se concentrer ces prochains mois.



Focus
Aphid a donc animé les mardis jazz du Cargo de Bâle durant trois mois, au début de cette année. Qu’est-ce que cela apporte au groupe ? « En fait, ça a bien éprouvé notre cohésion de groupe. Nous avons pu expérimenter diverses choses, et au final, ces gigs réguliers nous ont permis de développer notre entente mutuelle et notre musicalité », explique Antoine. Il poursuit : « Et puis, ça a fait tache d’huile à Bâle. Au départ, on ne se faisait pas d’illusions sur la durée du groupe, on se disait que si on pouvait faire trois concerts par an, ce serait déjà pas mal. Alors qu’en fait, chaque concert amène le suivant, des gens nous contactent sur la base du live, plus que sur notre CD démo. » Une réputation se construit gentiment…
Notre avis
Aphid se caractérise principalement par son style musical, un rock aérien posé sur des structures rythmiques impaires, qui sortent de notre schéma musical traditionnel. Ceux qui, comme moi, sont passés par la case rock progressif, sauront apprécier les riffs de guitares construits en 7/4 ou en 17/16, par exemple, sur lesquels le duo rythmique basse-batterie accentue les temps forts. Moi qui adore King Crimson, j’y retrouve mes billes. Les autres connaîtront sans doute un petit instant de circonspection. Néanmoins, c’est une vraie partie de plaisir !
yann || le 23 octobre 2006