Hemlock Smith, mené par le Lausannois Michael Frei, navigue dans un univers mélancolique traversé d’influences pop, rock, tirant également sur le jazz et le folk.
Projet du compositeur et chanteur Michael Frei, Hemlock Smith devient en live un quatuor, avec Jacques Bevilacqua (guitare), Fabrizio Di Donato (claviers, chant) et Gérald Rochat (batterie). Leur dernier CD, ‘Umbrella Fitz & Gerald’, dévoile un monde d’une douceur un peu grinçante. Explications de Michael.
Ton nom d’artiste, Smith, c’est pour faire un peu passe-partout ?
L’histoire c’est que j’avais envie de trouver un nom qui retranscrivait ma personnalité. Ce pseudo est proche de ce que je fais, hemlock en anglais c’est la cigüe, pour dire que mes paroles sont un peu acides, vénéneuses et pessimistes. Et le locksmith c’est le serrurier ! C’est un peu un trou de serrure sur mon monde secret. C’était l’idée de base. Et à l’époque il y avait aussi Elliott Smith qui était mort.
Et le nom de l’album ‘Umbrella Fitz & Gerald’, c’est une référence à Ella Fitzgerald ?
Oui c’est un hommage à Ella Fitzgerald. J’aime bien les jeux de mots. Ce disque a été enregistré en partie avec des musiciens de jazz. C’était pas du tout mon truc, mais le fait de rencontrer des gens qui viennent de cet horizon-là, ça fait que le jazz est rentré par la petite porte dans mon univers, et c’était une belle rencontre ! Et en plus Gerald c’est le nom du batteur, et ça nous faisait bien rire.
Ton univers est plutôt tristounet ou tu cherches à véhiculer un autre message ?
Le morceau qui parle de blues, ‘Blues is dead’, est le seul morceau ouvertement positif. Mon fils est né il y a 3 ans et j’ai écrit ça à sa naissance. Le morceau fait allusion au blues comme étant le diable, personnage négatif. Dans le texte le personnage réussit à le buter, mais sait que le blues n’est pas mort et reviendra. C’est comme un serpent à plein de têtes, tu peux en couper une, il reviendra. Mais vraiment c’est quand même le plus gai, le plus rythmé.
Les autres morceaux, sont plus mélancoliques et le tempo est aussi plus lent. C’est surtout des histoires de gens qui n’arrivent pas vraiment à aller plus haut, n’attendent rien de mieux, qui sont prisonniers de ce qu’ils font. Ça parle de ce genre de déceptions. Tu es sur terre, tu bosses dur, et à la fin tu meurs. Il y a aussi des moments où je laisse la porte ouverte. Ce n’est pas nihiliste, il y a jamais vraiment de fin dans mes histoires, c’est la situation actuelle du gars dont je parle mais ça reste ouvert. Par contre mon regard est généralement plutôt désillusionné.
Est-ce que c’est toi qui composes et écris tout ?
Je ne suis pas musicien, je suis un peu un autodidacte ou bricoleur. Je fais des espèces de démos où l’idée est mentionnée, et souvent ensuite ce sont les musiciens qui amènent leur savoir-faire. Fabrizio Di Donato a fait les arrangements du quatuor à cordes. Pour moi c’est une nécessité de travailler avec des gens qui sont assez bon, tout seul j’arrive pas !
Mais à la fin c’est quand même moi qui décide dans quelle direction ça va. C’est quand même ma vision des choses, mais j’ai pris dans la casserole tout ce qui m’était utile.
Comment le CD a-t-il été enregistré ? Par exemple, à la fin de ‘A Toast’, tu as indiqué ‘recorded live in one take : 20.06.2005’.
J’aime bien ce genre de détails, quand ça a été enregistré et par qui. L’enregistrement a eu lieu sur 5 jours, et j’ai mis les dates de ces différents enregistrements. Il y a eu 2 morceaux enregistrés 6 mois plus tard, en live, avec seulement la guitare et la voix. On voulait les enregistrer pour les archives, et on trouvait que c’était tellement bien qu’on a gardé.
Ensuite le mixage à Los Angeles, avec Husky Höskulds, un ingénieur du son qui a travaillé avec Norah Jones, Tom Waits, Sheryl Crow, Elvis Costello, etc…… C’était un gars que j’aimais beaucoup, alors je lui ai envoyé un mail, et en fait il a été super cool, il a dit oui tout de suite ! La seule différence avec un ingénieur du son moins connu c’est qu’on a dû attendre, il était super occupé. Il y a eu 6 bons mois d’attente mais ça valait la peine, il a amené les morceaux à un degré supérieur.



Focus
Hemlock Smith aura également bientôt deux clips à son actif ! ‘Julie’ qui montre une jeune femme fantomatique, et peut-être un peu suicidaire, glissant dans les rues de la ville (Lausanne ?). L’autre clip, qui sortira mi-décembre, ‘Bedtime Stories High’ devrait se teinter d’une atmosphère un peu plus drôle et second degré. Réalisé par Julien Suser, Michael y sera supplanté par une marionnette chantante et un peu barge.
Le côté visuel est également présent durant les concerts. En effet, dans les salles qui le permettent, comme le 12 janvier à la Guinguette de Vevey, la prestation est agrémentée de projections.
Notre avis
Hemlock Smith décolle bien en ce moment, passages sur de nombreuses radios, dont Couleur3, notre partenaire DBC ,distribution en Belgique, en Italie et en France, concerts à l’étranger… Ce qui est sûr c’est qu’ ‘Umbrella Fitz & Gerald’ est un CD d’une belle maturité, fruit d’une longue évolution. Si si, avant d’accéder à son propre univers, Michael a transité autrefois par du rock bien énervé. Aujourd’hui sa voix plutôt douce, avec des intonations parfois plus mordantes nous fait glisser sur le fil d’émotions existentielles, avec une certaine retenue pudique. Sa musique n’est ni facile ni simple, tout comme les jeux de mots et les références qui l’accompagnent. Prenez donc la peine de vous y attarder et de la découvrir dans ses nombreux méandres et recoins, car elle est d’une grande richesse !
yannick || le 11 décembre 2006