Comment mettre des choses inattendues dans un contexte connu... Le groupe genevois Brazen existe depuis maintenant une dizaine d’année. Au fil du temps, tant le style que la philosophie du groupe a évolué pour atteindre une sorte de maturité il y a environ deux ans.
Actuellement, Brazen se compose de Mark Blakebrough (batterie, percussions), Michel Blanc (basse, voix), Robin Jossen (guitare, deuxième voix), Emmanuel Mastrangelo (clavier) et Thibault Schneeberger (guitare et voix). Mais avant d’atteindre cette dernière formation de nombreux musiciens se sont succédés. Cela explique sans doute aussi le changement de cap de Brazen qui se donnait auparavant au... métal.
Et oui, cela est quelque peu déroutant quand on sait que les genevois se sont maintenant consacrés à « une musique audacieuse et passionnée, véhiculant des émotions intenses à travers une écriture raffinée ».
Pour reprendre les mots de Thibault, le groupe peut être classé dans un genre oscillant entre "early-technical-booty-shaking-yodl-metal" et "intense-indie-prog-epic-lushy-orchestral-hard-pop". Mais il semble que la deuxième dénomination conviendrait le mieux. Cela paraît compliqué voir quelque peu étrange. Cela reflète bien que les influences musicales de Brazen sont très vastes, énormes. Ça recouvre toutes les choses que chacun des membres du groupe écoute et comme chacun a des goûts très différents, cela se ressent musicalement. Mais il reste clair que Brazen s’inspire de groupes comme Les Beatles, Pink Floyd, The Cure, ou encore Chokebore.
Le deuxième album de Brazen, « Aura, Dora » est sorti en octobre 2006 (Saïko Records). Il a été enregistré à Genève entre avril et août 2005 par Serge Morattel, Thierry Van Osselt, Xavier Jacquet et Braze. Le tout a été mixé par Serge Morratel au Rec Studio en septembre-octobre 2005 et mastérisé par Alan Douches au West West Side Studio. « C’est un album un peu plus collectif que le précédent » explique Thibault. « Mais par collectif, il ne faut pas comprendre que nous faisons des jams de deux heures et qu’il en ressort des morceaux. Ça ne marche pas trop pour nous. Nous avons consacré énormément de temps à ce CD. » Pour la petite explication, « Dora est une figure féminine méconnue de la mythologie païenne copte dont l'âme était si puissante qu'elle pouvait paralyser ses adversaires par la seule force de sa pensée. Ca nous a semblé un bon résumé de l'intensité du propos musical en même temps que sa féminité latente » commente le chanteur.
Pour faire découvrir au public ses précédentes créations (le EP «...As Floods Decrease» sur Snuff Records en 2000, et l’album «Orphaned» sorti chez Sticksister en 2003), Brazen s’est produit sur scène plus d’une centaine de fois dans toute l’Europe. Le groupe a donc eu l’occasion de jouer pour des Festivals renommés comme l’Eurosonic, Le Paléo, La Bâtie (en acoustique) et Pully for Noise, et de partager leur temps de scène avec des groupes comme Franz Ferdinand, et Nada Surf. Les petits veinards !
«Aura, Dora» était l’occasion pour Brazen de reprendre le « live » après deux années d’absence.


Focus
En prenant l’album « Aura, Dora » entre les mains pour la première fois, j’ai tout de suite aimé le concept de la pochette. Thibault m’a expliqué son origine et ce qu’elle représente et reflète pour le groupe : « La pochette a été réalisée par Vincent de Roguin et Nicola Todeschini, deux jeunes amis, artistes genevois, qui jouent à leurs heures perdues dans un groupe de minimal-psych-kraut-martial-trance-rock qui s'appelle Shora, ce qui, bien sûr, explique leur talent. La plupart des gens qui n'ont pas vu la pochette en aperçu sur internet avant ont de la peine à voir le visage immédiatement (sur la version papier imprimée on ne le voit effectivement qu'en plissant les yeux et en éloignant la pochette) et c'est justement ce qui est intéressant à mon avis. J'aime bien cette idée selon laquelle on ne voit pas tout de suite de quoi il s'agit, un peu comme cet album finalement, qui sous ses premiers abords peu paraître très léché et poppy, et qui finalement se révèle (en toute modestie) hypra luxuriant, richissime, passionnant, aventureux, révolutionnaire, en deux mots: carrément groundbreaking. Nan, plus sérieusement, même si je n'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un "trompe l'oeil musical" c'est vrai que cette distanciation entre le fond et la forme est effectivement une donnée essentielle de notre approche musicale: mettre des choses inattendues dans un contexte connu. Mais évidemment ça ne correspond pas tellement à la manière dont la plupart des gens consomment la musique aujourd'hui (et moi y compris, parfois) c'est à dire en jugeant au premier coup d'oeil la pochette ou après 10 premières secondes d'écoute... » explique Thibault.
Notre avis
Avec leur deuxième album « Aura, Dora », Brazen est arrivé à maturité et nous invite à faire en leur compagnie une petite escapade musicale stimulant nos sens et évidement notre imagination. Ici, Brazen a réussi à incroyablement bien combiner harmonies vocales, mélodies captivantes et instrumentation riche. Les genevois ont développé dans cet album un côté expérimental assez inattendu qui ne pourra que vous étonner. Musique qualifiée de « pop progressive et onirique » par certains critiques, elle résonnera sans cesse dans vos oreilles.
clémence || le 18 décembre 2006