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Jah Man Gang: YAKAYO !

Jah Man Gang

Yakayo! Comme un coup d’soleil dans la grisaille, un cri de joie en forme de cri du cœur qui fait du bien par là où il passe. Avec seize titres entre reggae, ragga et ska qui sonnent comme autant de petites bombes de couleurs, le Gang le plus en paix de l’histoire signe un second album inspiré qui va laisser des traces.

Jah Man Gang, c’est une histoire démarrée en 1993. A l’époque, ça s’appelait VogelrauCH, «un truc un peu imprononçable et commercialement pas trop efficace» sourit Fréd, saxo du Gang. Ce n’est que huit ans plus tard, en 2001, avec l’arrivée de MC JamesC que le groupe a pris son visage actuel. Première démo en 2001, qui les lance sur une palette de grandes scènes en 02-03, et une galette initiale, Laisse-toi aller (2003), en collaboration avec Jaba, chanteur des Moonraisers. En 2004, le Jah Man Gang s’impose comme partie prenante de la scène reggae suisse en jouant notamment en 1ère partie de K2R Riddim (F) à l’Usine à Gaz de Nyon ou en assurant celle de Lee Scratch Perry (JAM) au Mad à Lausanne, sans oublier un passage au Jazz de Montreux (MJF, Festival Under the Sky). S’ensuivirent de nombreuses apparitions médiatiques, qui ont mené le combo à plusieurs reprises sous les caméras de la TSR et sur les ondes de diverses radios telle que Couleur 3 («Label Suisse» de la Radio suisse romande) pour ne citer qu’elle.

Appartenant au Swiss Reggae Unity, Jah Man Gang prend de l’altitude en 2005 et 2006 en remportant le Reggae Contest organisé au NED de Montreux, succès qui lui vaut de jouer sur le Reggae Boat du MJF. Surtout, 06 voit la bande faire une entrée remarquée au Paléo, sur la scène du Village des mondes. Genève, Yverdon, Bex, Château-d’Oex: JMG sillonne en large et en travers les scènes de Romandie et se paie même une première partie de Scrucialist et de Kali P, lors du 2e Swiss Reggae Festival à la Coupole de Bienne.
Mieux, le succès est au rendez-vous auprès des disquaires: pour preuve, les Jah plantent deux titres de leur premier album sur l’incontournable compilation de reggae helvétique Reggae.ch, produite et distribuée par Universal.

Enfin bref, comme dirait l’autre, tout ça pour planter le décor et donner cadre de circonstance à ce Yakayo qui risque bien de faire du bruit sous les sunlights helvétiques. Du reggae-ragga-ska pour vrais fans du genre autant que pour les amateurs de musique entraînante, qui vous fout un bon coup de pied où je pense au gré de rythmiques parfaitement maîtrisées puisque rôdées à l’épreuve intransigeante de la scène. Parce que Jah Man Gang, c’est avant tout là que ça se vit. Sur cette scène où le combo distille avec joie et «good vibes» – faut aller voir, si si ça vaut le coup ! – des morceaux dont la plupart ont été «faits spécialement pour l’album», nous glisse Fréd. Il en ressort, sur platine comme en live, «à la fois ce côté punch et le côté super aéré, soleil, cri de joie».

On parlait rassemblement. Pas étonnant, partant de là, d’assister à quelques featurings de bon aloi. Car Yakayo présente quatre titres en collaboration avec Jahwell, Ras Makonnen ou encore Sista Marina. Le premier n’est autre que l’ancien guitariste et backing vocal du groupe. «Il y avait dès le départ une volonté de le faire participer sur cet album, glisse Fréd. Le titre Too Much Cry est d’ailleurs une de ses propres compos. Et le plaisir a été au rendez-vous, tout comme avec Ras Makonnen et Sista Marina, une ancienne chanteuse de chez nous.» Force est de constater, dès lors, que les mariages vocaux sont de qualité, tout comme la large palette d’interprétation dont fait montre le Gang, des nappes très «smooth» de moments plus intimes à l’invitation aux voyages pieds nus sur le sable – mais pas les yeux dans l’eau –, au travers d’une immense variété rythmique dont les cuivres, omniprésents, la basse – impeccable – et les percus – imparables – ne sont à coup sûr pas étrangères.

Ayant mis le côté promo entre parenthèses en ce début 2007 pour cause d’album – et cela, décidément, en valait le coup –, le Gang est actuellement «en attente d’événements» selon son maître-saxophoniste. Et espère que d’autres rendez-vous se dessineront dans la lignée des grandes scènes foulées jusqu’ici, avec le doux rêve de «rentrer à l’intérieur du Paléo». Avec cet album, coproduit par Damp Music (Lee Perry, Moonraisers,…) et bénéficiant ainsi du son magique de P. Brunkow, cela paraît plus qu’accessible.

 

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Focus

Le point fort des Jah? Les textes, de la plume multicolore de MC JamesC, anglais pour la plupart – un seul en français, pour tout dire – tantôt invitant à la fête (Yakayo, Trodding On, Put Down Di Gun, Du soleil dans nos cœurs, Anytime pour ne citer que ceux-là), tantôt invitant au recueillement et à la réflexion sur la marche d’un monde impitoyable pour beaucoup (Jah Praise, Too Much Cry,…). Quoiqu’il en soit, des lyrics toujours rassembleurs et inspirés, et balancés par une voix habitée et chaleureuse, parfois à la limite de l’éraillé, une voix aux multiples nuances, de la confidence à la revendication.

Cela peut sembler banal de le dire lorsqu’on intègre l’univers reggae, mais les JMG apparaissent plus que jamais comme la filiation directe de Mr. Bob Marley. Fils…spirituels, et le terme n’est de loin pas usurpé, tant l’esprit est présent et insuffle aux compositions du Gang – la plupart sont de la patte même de MC JamesC – un message de paix et d’espérance en un monde meilleur, loin des «beats à girls» de l’indigeste sauce US. Suivez mon regard.
Car non, ici, même si on sait inviter à la fête et aux ondulations propres à chaque heure de la journée – du réveil au quasi «chill-out» de fin de soirée, il y en a pour tous les goûts et tous les moments – Jah Man Gang sait aussi parler de ce qui dérange: l’impuissance devant la force des injustices et des misères, la mort intolérable des enfants, les Droits de l’homme crânement bafoués, ces frères qui se battent entre eux. A mettre entre toutes les oreilles, sans concession aucune.

Notre avis

Une bombe. Ni plus ni moins. Et, surtout, une bombe qui ne fait pas de mal. Bien au contraire: de la musique positive, des vibrations communicatives – et communicantes – par des gars cool mais visiblement concernés, tant par leur projet que par cette drôle de chose qui nous saute à la gueule plus souvent qu’à son tour et qui s’appelle le monde. Parce que ça fait du bien de se lâcher, mais que c’est pourtant pas interdit de réfléchir un tant soit peu. Et puis – et c’est directement lié –, parce que Jah Man Gang, c’est autant par les pieds que par la tête que ça passe. Yakayo!


 

patrice  ||  le 23 avril 2007


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