Le riddim affûté et le contre-temps acéré, les cinq mercenaires du Botanical Roots Band de Neuchâtel se sont fait maîtres dans l’art du standard jamaïcain. Interview.
Basé dans le canton de Neuchâtel, le Botanical Roots Band est ce que l’on appelle dans l’univers du reggae un backing band. En résumé, cela signifie que les musiciens de la formation sont capables, grâce à une vaste maîtrise des tubes dancehall actuels et du répertoire roots, de jouer en live plus ou moins n’importe quoi à n’importe quel moment. Et ce en fonction du chanteur présent à leur côté le soir du concert. Rencontre téléphonique avec Steve, aka Van Roots, le bassiste du groupe :
Est-ce que tu peux raconter en quelques mots les premiers pas du Botanical Roots en tant que backing band?
Nous avons commencé à jouer ensemble à l’automne 2004. Notre première date a eu lieu au Bikini Test de La Chaux-de-Fonds en février 2005. A l’époque, l’aventure a débuté avec Benjamin, alias Benji, le premier batteur du Botanical. J’ai réuni ensuite pas mal d’anciens musiciens des Mad Lighters (ancien fameux groupe de reggae neuchâtelois, NDLR) dont Patrick, Gilbert puis Julien. Au départ, on a surtout joué pour Jr Tshaka, avant de contacter d’autres chanteurs venus d’un peu partout en Suisse romande.
Pourquoi avoir opté pour la formule du backing band, relativement rare en Suisse?
En fait, l’idée était de créer quelque chose qui sorte de l’ordinaire. Tu sais, en Suisse, tu as beaucoup de groupes qui jouent du reggae. Et étonnamment, il n’y a pratiquement pas de backing band. Nous avons donc décidé de nous lancer dans cette aventure en partant de zéro. L’idée étant d’avoir une base solide de musiciens très flexibles qui peuvent s’adapter à toutes sortes de riddims.
Quels sont les principaux chanteurs avec lesquels vous collaborez?
Comme je te l’ai dit, au départ, nous avons pas mal bossé avec Tshaka. Ensuite, nous avons backé le Valaisan Mr Youth, Benjahman, Pow qui est en fait l’ancien chanteur des Mad Lighters, Johnny King qui vient de Fribourg, ainsi que les deux Jamaïcains Errol Dunkley et Echo Minott. Nous avons aussi joué pour Uwe Banton, un singer allemand, pour qui on assure la partie musicale lorsqu’il est de passage par ici.
Quel est l’avenir du Botanical, à court et à moyen terme?
A court terme, nous allons essayer de trouver le plus de shows possible pour cet été. Nous serons notamment présents au Lake Splash Festival de Twann où nous backerons Uwe Banton justement. Ensuite, nous allons entrer en studio pour enregistrer deux albums, l’un avec Benjahman et l’autre avec Pow.
La démarche est donc différente. Vous laissez tomber le backing pour composer et créer vos riddims propres?
Dans l’idéal nous voulons pouvoir faire les deux. Une partie backing et une partie propre au groupe. Mais avec ces deux disques, c’est clair que nous allons jouer nos propres compositions, des tunes propres au Botanical Roots Band ! Une partie des riddims pour Benjaman ont d’ailleurs déjà été écrits. Il pose actuellement sa voix dessus.
Ces deux albums sont prévus pour quand?
Le premier sortira probablement dans le courant de l’hiver et le second quelques mois après. Pour bosser de manière confortable en studio, nous allons nous imposer une pause au niveau des concerts et nous concentrer uniquement sur le travail de composition puis d’enregistrement.
Cela va se passer où?
Au Colors Studio à Neuchâtel. C’est en fait un peu notre deuxième maison. Nous y répétons constamment et le maître des lieux, Jay, est aussi notre ingénieur du son en live. Et il faut savoir que, même si le Botanical est un backing band, les musiciens qui en composent le noyau dur sont pratiquement tous aussi des musiciens de session, du moins des habitués du studio. Il n’y a que pour moi que cette expérience sera nouvelle.
Comment se compose la structure musical du Botanical justement?
Nous avons une batterie, une basse, une guitare et deux claviers. Ces cinq personnes forment avec Jay l’ingénieur du son le noyau dur du Band. Ensuite, au gré des concerts peuvent venir s’ajouter d’autres musiciens, notamment des cuivres. Après, c’est surtout une question de budget qui fait qu’on est souvent obligés de se limiter. Personnellement, si je pouvais, j’engagerais des cuivres à chaque fois !



Focus
Vous avez dit Botanical?
La petite histoire qui est à l’origine du nom du groupe neuchâtelois mérite d’être racontée. «Lorsque nous avons signé notre première date, nous n’avions pas vraiment de nom. Il a donc fallu en trouver un assez rapidement» explique Steve, bassiste et locomotive du groupe à ses heures. Espérant trouver l’inspiration, ce dernier a choisi un disque au hasard, au détour d’une pile qui traînait chez lui. «C’était un disque de Black Uhuru. Je l’ai retourné et j’ai directement flashé sur le titre Botanical Roots. J’ai trouvé que ça sonnait bien et décidé de le garder» ajoute Steve. Et pour conclure, cerise sur le gâteau, il se trouve que dans le civil Steve est horticulteur… Comme quoi, le hasard...
Notre avis
Heureusement, il y a le live!
Nous l’avons dit, le Botanical travaille actuellement à la production de ses deux premiers albums, en collaboration avec les deux singers romands que sont Pow et Benjahman. Difficile donc pour le public, et par conséquent pour la critique, de se forger un avis sur des tunes pas encore pressés… Heureusement, il y a le live. Et, dans cet exercice, force est de constater que le Botanical Roots Band n’est pas manchot. Fort d’une section rythmique à couper le souffle, le band envoie les riddims sans concessions et très souvent, du moins à ce que j’ai pu en voir, pour le plus grand plaisir des amateurs du genre. Une seule question reste en suspens : seront-ils aussi forts en studio qu’ils ne le sont en live? Réponse prochainement sur newzik.ch. Stay tuned !
seb || le 22 mai 2007