Le 24 mars dernier est sorti ArtiZanal, le premier album d’amnesty. L’occasion pour newzik.ch de rencontrer ce rappeur lausannois.
C’est à l’âge de 15 ans qu’Amnesty a commencé à écrire. Trois ans plus tard, le rappeur lausannois rejoint le label MH records avec qui il travaille sur des mixtapes, vinyls, compilations, concerts et autres émissions radios… Depuis quelques années, les artistes de MH ont fait leur chemin chacun de leur côté. Amnesty, lui, est parti chez Sick Swan à Vevey avec qui il a sorti notamment la compil’ « Mode de vie » en 2004. Le rappeur a aujourd’hui 24 ans et son premier album solo « ArtiZanal » est dans les bacs depuis le 24 mars. Alors…
Comment ça s’est passé pour ce premier album, ArtiZanal ? Comment t’as travaillé ?
Il y a à peu près un an et demi j’ai commencé à concevoir le projet dans ma tête et forcément je me suis rapproché de Sick Swan puisque j’étais avec eux. J’ai commencé par prendre des prod’ à Ketak sur lesquelles j’ai écrit. On n’avait pas tellement de lignes directrices au début, on voulait travailler morceau par morceau jusqu’à ce qu’ils nous plaisent à 100 %. Donc on y est allé comme ça : prendre une prod’, gratter un morceau, le maquetter puis l’enregistrer. Et après une bonne année de travail on est arrivé à quelque chose qui nous plaisait assez, qui me correspondait, qui me ressemblait. On a travaillé avec différents producteurs, Yvan de Double Pact, Cortez a signé une prod’, il y a eu Polino et Don-Is de Genève. Pour Lausanne, il y avait Oddrock, qui a aussi fait les scratchs, et Skile. Sans oublié Ketak. Donc on s’est vraiment associé au niveau musical avec des gens qu’on estimait, qu’on respectait dans le milieu. Le but c’est vraiment de se faire plaisir. On a pris le temps. On a fini par donner une date de sortie parce qu’on nous le demandait mais on n’a jamais été très forts avec ça. C’est ça qu’on a tenu comme discours : il sortira quand il nous plaira à 200 % et le moment est arrivé où il nous a plu à 200 %. Et voilà, il est sorti.
Et au niveau des textes ?
Tout ce que je chante c’est moi qui l’ai écrit. Souvent ça a été des premiers jets que j’ai retravaillés. Je n’aime pas tellement à écrire en studio une heure avant. On a vraiment essayé de partir sur des thèmes réfléchis où on a envie de passer un message. On a beaucoup travaillé sur l’écriture, contrairement aux mixtapes où on faisait des morceaux peut-être un peu plus rapidement. Là on s’est vraiment appliqué à réécrire les morceaux, retoucher les textes jusqu’à ce qu’ils correspondent vraiment à ce que j’ai envie de dire.
Tu parles de quoi dans ArtiZanal ?
Ah, ça c’est LA question. Je parle de la vie, de ce que j’en connais, ce que je n’en connais pas, ce qu’elle m’inspire. C’est des choses personnelles, je parle de choses qui me sont arrivées, des choses qui nous touchent tous les jours. C’est ce que les gens nous ont dit en l’écoutant, on aborde tous les sujets et les gens s’y retrouvent un peu. On parle de la vie en général, de ce qu’elle a de bien. Il n’y a pas un thème conducteur dans tout l’album. On a essayé de donner plusieurs couleurs.
Est-ce que c’est compliqué de faire du rap en Suisse romande ?
Comme tout le monde ça a été un bordel énorme, mais je ne suis de loin pas le seul. Je crois que les aléas de la musique nous sont arrivés comme à tous les autres. La musique ça reste un art, donc pas facile de percer. Ce n’est pas forcément plus dur que dans d’autres pays, mais c’est en tout cas pas plus facile. On a eu plein de freins, mais aussi plein de gens qui nous ont aidés. Le tout c’est de la vouloir, de mettre la volonté qu’il faut pour arriver au bout. On savait qu’on voulait arriver au bout de cet album, il y a eu des hauts, des bas mais au final ben voilà, on y est arrivé. Je pense que c’est une question de volonté.
Qu’est-ce que les gens pensent de tout ça ?
Jusqu’à avant l’album, les gens ont donné des critiques, constructives ou non. Des gens qui aimaient, qui n’aimaient pas, des gens qui nous souhaitaient d’avancer, d’autres de reculer. Et depuis l’album, je crois qu’on n’a eu que des bons échos, des gens qui ont apprécié, qui se sont reconnus, même de différents publics, pas forcément du hip-hop pur et dur. Pas mal de gens ont apprécié les sons, l’écriture et ce qu’il dégageait. A ce niveau-là c’est très positif puisque les esprits ont un peu changé. Ca fait quelques années qu’on travaille dans ce sens-là. C’est une bonne reconnaissance pour moi.

Focus
En 2004, Amnesty a donné un concert avec toute l’équipe de Sick Swan pour le Festival Francophonie à Zagreb en Croatie. Raconte-nous un peu… :
« On a eu pas mal de délires avec Sick Swan. Donc si j’ai un dernier truc à dire ce serait un big up à toute cette équipe de Vevey. On se connaît en tant qu’amis et frères de sons depuis bien 5-6 ans et donc on a eu l’occasion de partir à Zagreb pour le Festival de la francophonie avec d’autres groupes et on a vraiment fait la bombe, on a des pu… de souvenirs pour nos âges futurs. Et j’en profite pour les remercier, ils ont fait un taf’ monstrueux sur l’album. C’est grâce à des types comme ça que j’en suis là maintenant. »
Et oui, il y a aussi de la place pour les sentiments sur newzik.ch…
Notre avis
Envie d’un bon rap ? De bons textes sincères bien travaillés ? De rimes qui résonnent dans la tête ? D’un rap vrai et qui plus est qui parle de réalités qui ne nous sont pas étrangères ? Alors un bon conseil, procurez-vous l’album au plus vite. Amnesty, c’est un mec qui a bossé chaque texte, chaque son et le résultat est là : que du bon. Loin de toute vulgarité – comme quoi le rap c’est pas que des gros mots qui font bobo aux oreilles des parents -, ArtiZanal n’est pas à écouter à la légère. Au contraire, c’est du très puissant. Amnesty est désormais un artiste incontournable sur la scène rap en Suisse romande.
françois || le 04 avril 2005