Les cinq Valaisans forgent un métal symphonique finement ciselé, inspiré – avec succès – des meilleurs groupes scandinaves. Second album prévu pour 2008. Attention doigts de fée!
On entend déjà les sceptiques faire la moue à une telle lecture. Du «symphonique»? Doigts «de fée»? Pour du métal?! Et là vous écoutez, vous jetez un coup d'oeil à Winds of Fate, clip issu de leur premier album, A Way of Escape (2006), et soudain...l'évidence. Sur les vierges étendues, cinq corbeaux de non-funeste augure, le cheveu long – pour la plupart – et voyageur, arabesquisant dans l'air pur des hauteurs. Et puis on traque le détail, la ressemblance, l'inspiration: après un tour sur leur site internet, un coup d'oeil à la pochette transporterait à mi-chemin entre les univers du Lord of the Rings – que tous ou presque, dans le groupe, citent dans leur cinématographie-référence – et les «couv'» fantastiques des Finlandais de Nightwish... Bref, plus de doute: les cinq gars du val de Bagnes soignent l'esthétique, prennent garde à l'image, peaufinent l'allure. Jusqu'à leur origine même, qui sous leur plume a des relents de légende nordiste: «Début 2003, au beau milieu des montagnes valaisannes, Dawnless naît dans le silence d'un fond de vallée, durant le glacial mois de janvier...» Histoire de poser le décor.
Ainsi, le packaging est là, ce coffret remonté des neiges millénaires du Grand Combin. Reste à lever le voile noir du quintet, découvrir le visage de l'avatar. Et là, sous les contours de la bête, les doigts de la fée: Dawnless fait dans la dentelle. D'accord, leur dernier challenge en date, le festival Inhumanus – en mai dernier, du côté de Sierre – n'a débouché sur rien. Ils avaient vingt minutes pour convaincre et repartir avec un ticket pour un immense raout du genre, en Belgique, ils ne l'ont pas fait. Mais ils partaient battus d'avance. «Je me demande encore pourquoi on nous a sélectionné pour y participer», s'interroge Bertrand (voix / guitare). Car force est de constater que le groupe, à défaut de cartonner, a détoné: le chanteur sus-nommé était le seul...à chanter, justement.
«Ce que l'on fait, peu de groupes le proposent en Suisse romande.» Ce n'est pas de la gloriole, c'est un constat. Leur métal à eux n'est ni new, ni germanique, mais d'un nord que les Valaisans ne perdent pas: celui des infinités scandinaves. «Musical», aimerait-on dire, avec le risque de vexer les vomisseurs de poumons. Et qu'on ne vienne pas me parler de virilité, ce même si l'on ne saurait dénigrer sa force de suggestion au hurlement, vecteur de sens – on peut l'admettre –, relais des mots lorsque ceux-ci refusent le combat. Soit. On ne va pas se battre sur ce terrain, et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, ce serait remettre le genre en question. Rendons à Lucifer ce qui lui appartient.
Reste que le groupe n'est pas remonté des feux de l'enfer - «ce que j'écris est rarement joyeux», avoue Bertrand – les mains vides. Certes, ce n'est pas Orphée et sa lyre, c'est loin de la 5e de Beethoven, mais Dawnless ça séduit aussi les fans de classique. Si, vous avez bien lu, et une visite sur le livre d'or le confirmera. «On aime profondément jouer, donc on essaie de proposer une musique assez technique, assez mélodique» nous avoue Bertrand. Dont acte: les harmonies sont léchées, les solos finement taillés, les partitions ciselées. Partitions, si si. «Nous prenons énormément de temps pour composer nos morceaux, six mois pour certains, continue notre homme des hauteurs. Il nous faut compter une année pour fignoler dix chansons susceptibles d'être présentées en live. Et les compos se font note par note, elles sont écrites dans leur intégralité. Un peu à la manière, en effet, de ce qui se fait dans la musique classique.»
Attention, on reste dans le métal, pas besoin d'apporter son costard aux prochaines apparitions scéniques de Dawnless. Un combo pour qui l'été s'annonce d'ailleurs réjouissant: après avoir déniché un partenariat de distribution pour la Suisse, les «sans-aube» voient se lever leur soleil estival sur quelques concerts alléchants et, à l'horizon, sur un album qui devrait voir le jour courant 2008. On se réjouit déjà.




Focus
Le deuxième album, justement. En cours de composition, il devrait suivre la voie creusée l'an dernier par A Way of Escape, tout en montrant un visage «plus homogène, car composé sur une période de temps plus courte», indique Bertrand, maître de cérémonie. A ce propos, bon à savoir: on nous annonce d'ores et déjà «quelques aperçus» de cette nouvelle galette pour cet été. Stay tuned, donc.
En attendant, on se rabattra avec délectation sur le très admirable clip de Winds of Fate, tourné à quelques 3'800 mètres d'altitude, sur les pentes de la Tour de Boussine (VS...cela va de soi). Décidément, ces cinq-là ne manquent pas d'air (à près de 4'000, vaut mieux).
Notre avis
Pour le petit rappel grec, les Dawnless ne sont pas sans nous rappeler au bon souvenir d'Héphaïstos, forgeron, gardien de ce feu que Prométhée vint voler aux dieux pour le donner aux hommes. Et sa reine, je vous le donne en mille? Aphrodite, déesse de la beauté. Ben voilà. Alors on va me prendre en plein péché de grandiloquence, mais leur histoire c'est un peu celle-là: celle d'un groupe de métal trimant superbement à la forge, avec dans la tête une certaine idée de beauté et d'harmonie. Voilà qui est dit.
patrice || le 07 juillet 2007