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Ellipse: une chanson rock qui ne tourne pas rond? Vraiment?

Ellipse

En ce jour de la Fête nationale, au moment où d’autres écoutent les discours sur l’herbe du Grütli, nous avons pris le temps de rencontrer Ellipse, une formation bien suisse mais pour le moins atypique.

Tout commence par la géométrie. Comme l’explique Bernt Frenkel, le chanteur-guitariste du groupe : « une ellipse, en gros, c’est un cercle qui a deux foyers. Nous, on a donc le foyer chanson et le foyer rock. Chanson, parce qu’il y a une importance accordée au texte ; et rock, parce qu’on a finalement des instruments rock. » Mais rangez votre compas : les choses ne sont pas aussi simples et la géométrie s’avère vite inutile. Ainsi, Myriam (violon), Guillaume (gratte), Marc-Antoine (accordéon et basse), Lionel (batterie), Timothée (piano) et donc Bernt proviennent d’horizons musicaux très divers, allant du métal à la musique classique en passant par le reggae. « L’avantage, enchaîne Bernt, est qu’on n’a pas un groupe-phare et des références communes qui nous amèneraient à travailler dans un genre spécial. Chacun amène son influence. Ca permet de voir ce qui nous amuse bien. »

De plus, l’ellipse est également une notion littéraire : il s’agit de supprimer certains mots, certains éléments, de donner des raccourcis qui permettront tout de même de mener au sens. Selon Bernt, « une chanson est un peu une macro-ellipse, dans le sens que tu as trois minutes pour raconter un roman. Il manque certaines choses, certains liens mais l’idée est que tout y soit quand même. » Et cette volonté se traduit par un grand travail sur les textes, composés dans leur totalité par le chanteur : « comme c’est moi qui chante, je dois assumer d’avoir des choses à dire ! » Il s’agit ensuite de trouver l’équilibre entre paroles et musique. « On ne veut pas faire de la pop et mettre des paroles passe-partout sur une mélodie qui nous plaît. En ce sens, on fait clairement de la chanson. C’est souvent le texte qui délimite la façon d’arranger la musique. »

Même si le groupe neuchâtelois existe depuis 2002, il s’est produit relativement peu en live (une quinzaine de concerts en 5 ans). Evitant de faire les choses à moitié, les artistes ont ainsi attendu d’avoir leur propre répertoire pour monter sur scène. En septembre de l’année dernière, Ellipse remporte un concours organisé à la Case à Chocs par les bénévoles de Festi’Neuch et gagne le droit de figurer à l’affiche de l’édition 2007. Le groupe profite de ce tremplin (au sens premier) et se trouve propulsé en avant : « Ca nous a fait faire un premier pas vers un certain professionnalisme. On s’est retrouvé après et on a organisé l’année. » Durant ce temps, les trublions neuchâtelois préparent ce concert qui répondra à leurs attentes. Mais pas seulement…

Les bonnes choses n’arrivant jamais seules, le groupe met au monde (après neuf mois !) un beau bébé : « En Bandouillère », un premier album huit titres. Enregistré chez Momo Rossel au Studio des Usines, ce disque entièrement autoproduit est né avant tout d’une envie. On y trouve une palette de chansons les plus diverses : entre rythmes décapants ou petites histoires chantées, les morceaux très rock croisent les chansons plus calmes ou les balades irlandaises. « C’est un peu un échantillon, un mini-album », explique Bernt. Un vernissage est prévu au 24 août prochain à Valangin.

Toute la musique d’Ellipse s’inscrit dans une optique toujours artistique. « On ne veut pas profiter de la vie des gens pour se glisser dedans, poursuit le chanteur. C’est à nous d’imposer une ambiance, une histoire. J’ai de la peine avec ce côté "chronique du quotidien". J’ai pas envie de raconter le petit café qui fume pendant que la copine se lève et que le soleil brille sur le nain de jardin. On veut aller au-delà. » Et si les paroles ne se laissent pas aisément saisir du premier coup d’oreille, c’est assurément qu’elles nous interpellent, comme tous les univers dans lesquels le groupe nous emmène.

L’espace d’une chanson, c’est finalement nous qu’Ellipse empêche de tourner en rond.

 

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Focus

En ce jour spécial, 1er août oblige, je me devais d’interroger Bernt sur sa conviction de citoyen et sur son patriotisme. Imaginons qu’il doive s’adresser au peuple suisse aujourd’hui :

« Je lui dirais deux choses. D’un côté, ne pas voir des problèmes mais chercher des solutions. Et, que ce soit dans une classe, dans un groupe, dans une association, avec les voisins, oser dire simplement les choses et accepter qu’on a tous des envies différentes. On a tendance à dire qu’il faut se sentir libre, dire ce qu’on pense, mais c’est plus facile à dire qu’à faire. »

Enfin, une question existentielle ô combien troublante se pose pour tout auditeur d’Ellipse : comment peut-on être suisse, tout en faisant de la chanson rock française et en ayant son site internet au Liechtenstein (www.ellipse.li)?!

« C’est tout simple. Ellipse.ch, .org, .com, .fr existe déjà et on voulait garder un truc sobre. On voulait prendre ellipse.fm qui est la Micronésie mais cela coûtait trop cher ! Mais le vrai avantage, c’est qu’en lisant ça fait ellipseli et du coup ça nous ouvre la porte à la Suisse allemande ! » N’allez pas chercher plus loin…

Notre avis

Disons-le tout de suite, le plus grand regret pour moi en écoutant Ellipse, c’est que le disque ne dure que 35 minutes ! Pourtant, dans ce temps, le groupe réussit son pari.

Tout d’abord, il y a les textes : Ellipse s’éloigne des petits riens quotidiens chantés de nos jours par une foule d’artistes. Bien au-delà, les paroles soigneusement travaillées poussent à un certain effort et évite la passivité auditive. L’importance des mots semble primer sur la musique elle-même, et chaque chanson se donnerait tout aussi bien à lire qu’à écouter. Pourtant, chaque parole trouve sa place dans un univers musical (et vice-versa). Il ne s’agit pas de "chanson française" à proprement parler et les instruments sont loin de jouer dans l’ombre du chanteur. Les rythmes et les mélodies donnent alors une force supplémentaire au texte et viennent nous guider dans différentes atmosphères, festives (dans « Supermusée » par exemple) ou plus posées (« Cabine 13 »), voire lourdes (en écoutant « Insomnies », on oublie vite que ce n’est finalement qu’une chanson !).

Ellipse tourne bien autour de ces deux foyers : d’un côté, un bouillonnement de l’esprit qui veut saisir les mots, de l’autre, un laisser-aller des émotions guidées par les rythmes et les mélodies.


A noter que l’album « En Bandouillère » est disponible chez Alain Christophe et Redline Music à Neuchâtel ou via le site internet du groupe.


 

françois  ||  le 06 août 2007


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