Le combo zurichois a signé à l'automne 2006 un premier album qui porte ni plus ni moins que la signature de Sylvia Massy, productrice de System Of A Down. « Huge, isn't it ? »
« Excusez-moi, je viens juste de me lever. J'ai mixé jusqu'à 6 heures et demie du mat'...» Samedi 25 août, c'est à ses aurores à lui qu'on a attrapé Roger Haemmerli, chanteur-guitariste de Henchman, à quelques heures seulement d'un nouveau « gig » que le trio rock-néométal donnait le soir même près du lac de Zurich. Un joli p'tit coin « where people can go swimming »...
Tout de suite, naturellement, la discussion « switche » des eaux zurichoises à celle de la côte californienne, où les trois Suisses débarquèrent à l'été 2003, leur « demo tape » sous le bras, tout prêts à donner un gros coup sur la nuque des autochtones et sillonnant l'état américain entre van miteux et motels bon marché. « Notre batteur a travaillé là-bas une année et on trouvait qu'il était bien pour nous de profiter des connexions créées sur place, avec notamment des groupes de la région de Santa Cruz », poursuit Roger dans un anglais qui n'a plus grand'chose d'alémanique.
« One thing » menant « to another », de bouche-à-oreille en rencontre de promoteurs, les deux ou trois gigs prévus au départ se sont transformés en une quinzaine d'explosives apparitions scéniques. Et alors ? Si Zorro, cette fois-ci, n'est pas arrivé, c'est une autre signature qui est venu parapher la montée en puissance d'Henchman. « On a rencontré un mec qui nous a présenté Sylvia Massy, productrice de System Of A Down et Tool notamment, explique le lead vocal du combo helvétique. Elle a tout de suite croché sur nos chansons, notre manière de jouer; elle trouvait que nous avions quelque chose d'unique. On lui a donné à écouter notre démo et, deux ou trois jours plus tard, elle nous appelait pour nous dire de passer à son studio. »
Visiblement, la « swiss mayonnaise » avait pris, et plutôt bien. « Je fus étonnée que ces trois mecs suisses, aux douces manières et « good looking », puissent déchirer le studio avec une telle férocité, dira Sylvia Massy. Leurs chansons ont une telle force, un tel caractère, avec des riffs sombres et grinçants, un son unique, bien à eux. »
Le son, tiens, on n'en a pas parlé. A la première écoute des quelques titres dispos sur le site, on se pense à Staind, entre autres. En cause: cette alternance entre riffs puissants, guitares sonnantes toujours – trébuchantes jamais, et atmosphères planantes; le tout souligné par une voix parfaitement et totalement en phase avec la ligne musicale du groupe. Mais c'est plus loin qu'il faut aller chercher les influences, du côté de Faith No More, Bad Brains, Helmet. On a bien dit influences: « On n'a pas le même son que ces groupes là, confirme Roger. Ce qui nous plaît chez eux, qui nous impressionne et que l'on essaie de reprendre, c'est l'énergie qu'ils dégagent. »
Cette énergie, on n'en doute même plus, a fait mouche au pays de l'Oncle Sam: « Lors de ce tour en Californie, on n'avait rien à perdre et on le faisait clairement sentir en disant qu'on venait de Suisse et qu'on s'en foutait que les gens aiment ou pas, mais que s'ils aimaient, il fallait nous le faire savoir. » Pari gagné: sur place, une cohorte de fans les aura même suivis sur quelques dates. Amazing!
On va pas s'en cacher, un contrat comme vient de signer le trio, c'est largement de l'ordre du « Chapeau l'artiste ». En un mot, pour rester dans l'air du temps et faire djeun's: « Enorme ». « Huge », comme on dit dans la langue de Serj Tankian (hum...), leader des SOAD. « Je peux vous assurer qu'on en est les premiers impressionnés », souligne Mr. Haemmerli. Et on le croit aisément.
De quoi affirmer que la notoriété de Henchman serait mieux établie aux States? « Avec la sortie de notre premier album, les choses ont un peu changé, nuance-t-il. On a eu bonne presse et d'excellents feedbacks de la part des gens, principalement en Suisse allemande. » Bon à savoir en passant: après une apparition aux Docks de Lausanne fin avril, le trio zurichois devrait être « visible » prochainement du côté de Genève ou Fribourg. A suivre donc.




Focus
Et c'est une exclu newzik que l'on vous livre en primeur: Henchman devrait selon toute vraisemblance reprendre le chemin des studios en janvier prochain pour lancer les premières pierres de son nouvel album. Une galette apparemment « plus colorée » qu'Unmistaken pour « une production totalement professionnelle » puisque réalisée à nouveau Outre-Atlantique sous la férule de miss Massy. Au vu de la livraison initiale du combo suisse-alémanique, on ne peut que s'en réjouir.
Notre avis
Certes, ce qui arrive aux Henchman impressionne. Eux les premiers, d'ailleurs. La rampe est solide, le décollage est à la hauteur d'un matos de bord qui tient la route: le rock des trois Zurichois coule dans les oreilles comme un bon fruit de la Limmat mûri au soleil californien. C'est chié, comme dirait l'autre. Après avoir franchi l'océan, ça mérite mille fois de passer, durablement, une barrière de roeschtis qui chancelle. Parce que la musique, une fois pour toutes, n'a que faire des clivages linguistiques. Keep on rocking.
patrice || le 27 août 2007