La Grande Faucheuse a épargné Fox Kijango mais ne l’a pas laissé indemne, et l’inspiration morbide qui transparaît dans ses textes a séduit les organisateurs des Rencontres d’Astaffort. Le chanteur mortel jurassien vient de terminer son stage.
Fox Kijango arrive seulement maintenant dans le milieu de la chanson francophone. Le grave chanteur n’est cependant pas né de la dernière pluie. Il se présente : « Quand j’ai fêté mes 35 ans, comme j’ai une santé un peu fragile et que la mort peut arriver demain, j’ai décidé que si j’arrivais à 40 ans, j’enregistrerais mon propre album solo comme moi je l’entends ». Dont acte, puisqu’en avril dernier est sorti Carla se mange, un premier opus de 12 titres dont la vocation est de prospecter des contacts et des dates de concert. Un disque réalisé avec de modestes moyens, mais auquel a été apporté un soin professionnel. Fox Kijango a ainsi rassemblée autour de lui une poignée d’amis et connaissances, des musiciens, des techniciens, des compositeurs, et s’est patiemment attelé à la tâche : « Nous avons déménagé l’été passé un studio chez moi, au bord du Doubs, ou nous avons créé les morceaux et effectué les premiers enregistrements. Cet hiver, début janvier, nous avons loué une ferme isolée ou nous avons fait les prises finales de l’album. Là, on a fait chaque piste tranquillement, on avait le temps, on s’est vraiment appliqué », explique-t-il.
Fox Kijango ne compose pas lui-même ses chansons, mais il écrit depuis déjà longtemps. Des textes inspirés de la mort, de la tristesse, qui servent de ligne directrice à ses musiciens pour proposer un air : « Ce qui a été intéressant, c’est d’opposer la sinistrose qu’il y a autour de la mort à une musique gaie par exemple, pour créer une sorte d’antinomie. C’est arrivé sur quelques chansons. Certains musiciens m’ont aussi écrit des mélodies qui collent parfaitement au texte, que j’avais dans la tête quand je l’ai écrit », dit-il à propos du processus de création.
Et c’est en plein milieu de ce travail d’enregistrement que Fox Kijango remporte la Médaille d’Or de la Chanson, organisée chaque année à Saignelégier. Une victoire qui confirme l’équipe dans sa démarche et l’encourage à continuer. « On a gagné à notre grande surprise, parce qu’on avait été repêchés en dernière minute. Je me suis dit, maintenant, il faut surfer sur cette victoire, booster, et avant une année on va sortir l’album », poursuit-il. C’est chose faite en avril, lorsque Carla se mange est verni au Café de l’Interculturel à Porrentruy, au cours de deux soirées salle comble. Quelques concerts ont suivi dans le Jura, avant que Fox n’entreprenne un intense réseautage. « Je suis intimement persuadé d’une chose : il vaut mieux avoir réussi en France et revenir ici que réussir ici et aller nulle part. C’est comme ça que je me suis inscrit aux Rencontres d’Astaffort, où je me suis fait plein de contacts. Et en novembre, je monte à Paris faire la tournée des contrats. » Qui a dit que la mort était une voie de garage ?


Focus
Fox Kijango revient justement de ces fameuses Rencontres d’Astaffort. Organisées deux fois l’an, elles accueillent pendant dix jours une quinzaine de personnes par stage, sur une masse d’environ 400 candidats. Alors, comment c’était ? « Ben, on déjeune à 8h, on dîne à midi, on soupe à 19h, le reste du temps nous travaillions sous forme d’atelier, en groupe. Ce qui fait qu’au final, nous avons composé une quarantaine de titres, parmi lesquels chaque stagiaire en a conservé un. Et nous nous sommes produits sur scène le samedi dans la Salle d’Astaffort, en première partie de Tété, le parrain des Rencontres », résume Fox, qui a fortement apprécié cette session : « C’était extrêmement bien organisé, nous avons eu droit à une conférence sur la structure des morceaux dans la musique actuelle, par exemple. Nous étions entourés de professionnels de l’écriture et de la musique, de techniciens de la scène expérimentés. Francis Cabrel, le vice-président de l’association, passait tous les jours faire un petit coucou. Tous ces gens sont simples, ouverts, goûtent la bonne bouffe. Je me suis senti très bien, et je me suis fait plein de contacts sur la France ». Un tout bon appui, en somme.
Notre avis
Si les 12 titres de Carla se mange, premier album artisanal de Fox Kijango, sentent le sapin, c’est que la mort est une part importante de la vie des gens, même si on a tendance à vouloir l’oublier. L’orchestration est dépouillée, le ton est sobre, mais ce que raconte le chanteur fait preuve d’une certaine lucidité métaphorique. Il faut surtout voir Fox Kijango et ses Autres en concert, en costards de croque-mort, entourés de cercueil et autres ornements funéraires. Plus qu’un concept, c’est toute une réflexion qui est engagée sur un thème pas très porteur, mais qui nous pend à tous au bout du nez…
yann || le 23 octobre 2007