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Raspoutine Smoked Band : vous avez dit Balkancore ?

The Raspoutine Smoked Band

Le Raspoutine Smoked Band, c’est un peu comme la vodka red-bull. Un mélange improbable de vieux et de neuf, de traditionnel et de moderne, d’ici et de là-bas.

En plus, et vous verrez que comme les chats je retombe sur mes pattes, ingurgité à doses variables en fonction de la corpulence, de la résistance et de ce que l’on a mangé la veille, ce savant métissage sonore risque fort de déclencher chez l’auditeur lambda une furieuse envie de danser.

Composé de huit musiciens aux origines aussi diverses qu’obscures si l’on en croit le site web du groupe, le Raspoutine Smoked Band navigue sur la riviera entre Lausanne et Genève depuis pas loin de quatre ans maintenant. Le combo, qui s’affiche comme un digne représentant d’un style fantasmagorique baptisé Balkancore, vient à peine de terminer l’enregistrement de son second disque baptisé Travel Agency.

Tiraillés entre un Taraf de Haïdouk sous ecsta, un Jacques Brel défoncé à l’ouzo et un Kocani Orkestar qui aurait troqué ses cuivres contre des « star guitar » roses fluos , les musiciens du Raspoutine Smoked Band font fi des catégories et des étiquettes musicales pour proposer un mélange détonnant. D’ailleurs, ils le disent très bien eux-mêmes : « The Raspoutine Smoked Band, c’est un combo rock standard doublé d’un combo champêtre balkanique. Deux groupes qui livrent une lutte acharnée pour le pouvoir du son, deux groupes qui ne font qu’un, un groupe qui invente un genre nouveau, le Balkan core». On aurait pas pu mieux annoncer la couleur.

Sur Travel Agency, tous les ingrédients de la salade russe raspoutinienne sont réunis quoique de manière un peu plus rock que de coutume : Une voix qui hésite entre scansion, chant et poésie ; une basse et une batterie tantôt grasses tantôt légères ; une guitare qui hésite entre mettre le souk ou jouer sagement ses arpèges ; une section de cuivres acharnée et un accordéon qui voyage entre Bobigny, Skopje et les campagnes du sud de l’Europe. Chantés en français et en anglais, les textes sont admirablement bien torchés. Au détour d’un couplet, on y rencontre ainsi, entre autres, un gitan qui rêve de devenir cow-boy. Rien que ça.

Côté pedigree, le Raspoutine Smoked Band n’a franchement pas de quoi rougir. Une petite centaine de concerts à son actif, quelques scènes entre guillemets prestigieuses dont le Paléo festival de Nyon, l’Usine de Genève ou le Rock aux Arènes d’Avenches. Et pour couronner le tout, leur dernier disque a été enregistré au studio des Forces motrices de Genève et fait actuellement le bonheur de la maison de distribution Rec-rec. Disponible dans toutes les bonnes crèmeries.

Pour les mordus du groupe, les curieux ou les aventuriers de la chose musicale, le Raspoutine Smoked Band sera en concert ce samedi 10 novembre au Festival Escales de Sciez, une bourgade de Haute-Savoie. En France donc. A bon entendeur.

 

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Focus

Quand l’est et l’ouest se rencontrent

Ce n’est un secret pour personne, le créneau ethno marche à fond. Des vêtements aux meubles, de la nourriture à la littérature, en ce début de XXIe siècle, chacun y va de sa petite touche « exotique », de son coin du globe préféré et de sa culture ancestrale de référence. L’univers de la musique n’y échappe pas. Depuis maintenant quelques années, les festivals, clubs et autres salles de concert programment volontiers des genres qui, il y a moins de 10 ans, n’auraient trouvé ni place sur une affiche, ni public pour écouter. Plus besoin donc d’aller à Berlin au cœur du Kreuzberg pour groover sur un mix ethno. Le festival organisé par le groupe des jeunes du coin a ce qu’il faut pour vous.

Bien évidemment récupérée par de les grandes majors en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, cette tendance a toutefois permis de voir émerger et éclater des groupes venus de nulle part, sinon de l’underground traditionnel de leurs pays respectifs. Si l’on jette un coup d’œil du côté des Balkans, on se rend vite compte que les films de Kusturica et de Tony Gatlif ont joué un rôle prépondérant voire incontournable dans la popularisation des musiques traditionnelles gitanes. Tout naturellement, les Boban Markovic, Kocani Orkestar et autres Taraf de Haïdouks se sont engouffrés dans la brèche.

Quelques années plus tard, les grands ont fait des petits. Aujourd’hui, tout à l’ouest de la grande Europe, les festivals de musique de rue se multiplient et les brass band abandonnent leurs marches militaires pour faire une petite place aux mélodies de l’est. Parmi eux, des groupes, comme le Raspoutine Smoked Band s’appliquent à faire le chemin inverse. Forts de leurs influences musicales occidentales, ils se déplacent vers l’est, provoquent la rencontrent, forcent le métissage. L’essence même de la musique au sens universel du terme.

Notre avis

Des rides, des jupes et un brin de fil à retordre

Le Raspoutine Smoked Band sur un disque, c’est bien. Le Raspoutine Smoked Band sur scène, c’est mieux. Eh oui, revoilà le temps partial et implacable de la critique musicale. Défenseurs de l’objectivité et pourfendeurs de la mauvaise foi, passez votre chemin.

Le Raspoutine Smoked Band, disais-je, je le préfère sur une scène que sur un disque. Logique me direz-vous ? A mon avis, oui. Navré si je froisse un ou deux casaniers au passage mais pour moi, une musique populaire (dans le bon sens du terme, bien sûr et qu’elle soit teintée ou non de l’une ou l’autre influence improbable), donc par analogisme vivante, spontanée, sensible, festive ou triste, je la préfère en vrai.

Pour que le but soit atteint et qu’elle me plaise, il faut que je la voie donner du fil à retordre aux danseurs en les entraînant sur un rythme endiablé, que je l’imagine illuminer d’un sourire les rides des anciens et qu’elle ne se fasse pas prier pour faire tourner les jupes des femmes qui elles, feront tourner la tête des hommes. Là, on y est. J’apprécie.

Et, pour l’avoir vu de mes yeux vu, je peux jurer solennellement, une main levée et l’autre posée sur un violon tzigane, que le Raspoutine Smoked Band sait s’y prendre en matière de fil à retordre, de sourires et de jupes. Je ne dis pas que l’on ne retrouve pas cette ambiance sur les disques du combo, loin de là. La musique des huit troubadours y est plus nuancée, moins énergique. On laisse alors son esprit se perdre au cœur des histoires racontées, au fil des notes jouées, grattées et soufflées, jusqu’à se perdre complètement, mais d’une autre manière.

Comme on dit : chacun son truc. Le mien, c’est le Raspoutine Smoked Band sur une scène. Point final.


 

seb  ||  le 05 novembre 2007


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