Sorte de monstre mystérieux, G-Bart sort de l’ombre l’espace d’un instant. Et avec lui apparaît tout un univers musical dont le commun des mortels ne soupçonne même pas l’existence. Une sorte de 4e dimension…
G-Bart n’aime pas parler de lui. Et pour cause, bien caché derrière ses platines, le Dj de 27 ans apparaît bien souvent loin des projecteurs. Le temps d’une rencontre, Newzik éclaire un coin de ce monde mystérieux et vous plonge au cœur de sa création musicale. Loin des dérives du hip-hop médiatique d’aujourd'hui, G-Bart nous fait redécouvrir la musique pour elle-même, à travers notamment ce qu’il appelle « l’abstract hip-hop ».
Grégory Barthélémy alias Dj G-Bart est tombé dans la musique il y a dix ans : « J’ai commencé par mixer de la techno, de la Drum & Bass. Après j’ai dérivé sur le hip-hop, ce qui m’a le plus intéressé c’est les techniques, la façon d’utiliser les disques. Les platines, c’est ce qui m’amuse le plus. » Influencé par le rap alternatif, le funk et la musique old school en général, mais aussi grand accro de films en tout genre, G-Bart est un artiste aux goûts très divers. Et tout cela se ressent aujourd’hui à la sortie des haut-parleurs. « Je mixe plutôt hip-hop, électro, je fais aussi des sessions old school, funk, mais si tu veux vraiment définir ce que je fais, c’est du abstract hip-hop ». Le Dj privilégie donc largement le son aux textes et le résultat fait du bien à nos petites oreilles pas forcément habituées à de si bonnes choses.
Multipliant les premières parties de concert en Dj set -seul avec ses platines-, il pose également ses scratchs dans le groupe Reverse Engineering dont il fait partie depuis 2003. « J’ai une actu assez sympathique, j’ai trois concerts par mois en moyenne. » Les clubs ? Il les évite. Il préfère les salles de concert où les prestations en live sont beaucoup plus intéressantes. Et ses sorties ne se limitent pas à la Suisse romande. Il se produit aussi en Suisse allemande, en France et en Belgique. Il participe également à de nombreux projets avec différents groupes. Par exemple, il prépare la prochaine fête de la musique à Yverdon le 21 juin prochain avec un saxophoniste, un batteur, un pianiste : « J’aime bien toucher à tout avec mes platines, jouer dans plein de style différents, c’est des expériences enrichissantes ».
En marge de ses apparitions live, il mixe la plupart du temps dans son appartement transformé en véritable studio, au milieu d’une folle collection de vinyls. « Du studio proprement dit, j’en fait pas. Je fais que du home studio, je prends beaucoup de temps à travailler ici, derrière mes machines. C’est beaucoup de boulot. » Et oui ! On ne s’en rend pas forcément compte, mais derrière les performances live impressionnantes se cachent un gros travail de recherche. Il faut trouver le bon beat, les bonnes parties à scratcher, la réplique de film qui tue ou encore la petite mélodie qui semble venir d’un dessin animé et surtout réussir à en sortir quelque chose de bien. Toujours poussé par la même passion du son, cela fait maintenant dix ans que G-Bart effectue ce travail dans l’ombre, loin des projecteurs.

Focus
En 2003, G-Bart rejoint le groupe Reverse Engineering. « J’avais déjà entendu parlé d'eux par des potes. Je savais qu’ils faisaient du hip-hop abstract, de la Drum sur des ordis. Je les ai rencontrés et je leur ai dit "tiens, vous faites du hip-hop abstract? et ben moi je fais des scratchs" et je les ai rejoins ». L'occasion pour le Dj d'enchaîner les concerts et de participer à des projets pour le moins étranges. En juin 2004, le groupe a participé aux Ethnocturnes au musée d'ethnographie à Neuchâtel : « C'était assez spécial. On devait mixer des sons enregistrés qui étaient des chants de gorge. Et au final, c'était cool. » En novembre de l'année dernière, ils se sont également déplacés aux Utopiales 2004 à Nantes : « C'était un festival de science-fiction. Et pendant qu'on jouait, les gens étaient là, dans la salle des congrès en train de boire leur flûte de champagne. » Assurant également la première partie d'artistes internationaux prestigieux (Dj Vadim, Luke Vibert...), le groupe a sorti un vynil en septembre 2004. Un bon moyen de découvrir ces trois extraterrestres...
Notre avis
Moi qui suis un grand accro de musique hip-hop, je fais partie de ces personnes un peu désabusées par la dérive actuelle du mouvement et de l’image véhiculée par les médias, plus souvent déçu que surpris. Et bien G-Bart est l’exemple vivant que cette musique a bel et bien des racines, qui sont avant toute chose acoustiques. Privilégiant le son aux textes, notamment avec Reverse Engineering son groupe dans lequel il pose ses scratchs, il joue avec la musique instrumentale sous toutes ses facettes et pas seulement côté hip-hop. Un point commun se dégage à chaque seconde : une atmosphère très particulière, quasi envoûtante comme dans un film d'horreur ou de science-fiction. La plupart des sons sont également agrémentés d'une pointe d'humour au second degré - vous avez vu comme il fait peur en extraterrestre! Ce hip-hop qualifié d’alternatif - puisqu’éloigné de l’image actuelle devenue dominante- est en réalité la base de la création musicale, avec ses vynils, ses scratchs, ses beat-boxes. Et G-Bart, en tant que Dj, est l'une des grandes figures de ce hip-hop instrumental qu'il fait toujours bon redécouvrir. A ce propos, matez bien la vidéo que l’on vous propose.
Quand on vous parlait de 4e dimension…
françois || le 09 mai 2005