Composé de neuf musiciens, Akamassa peut être cité comme une référence romande dans le milieu du reggae helvétique. Un deuxième album devrait voir le jour à la fin de l'année.
Neuchâtel, début du mois de juillet. Le temps n'est pas à la fête, il fait même franchement gris. J'attends que le flot de voitures s'arrête pour traverser la route. En levant les yeux, j'aperçois un type en face de moi qui me regarde d'un air pas trop sûr. Il me lance : "C'est toi ?" Les présentations sont faites. On se dirige vers le bistrot le plus proche, histoire d'être à l'aise pour discuter. Le type en question s'appelle Greg ou Junior Tshaka, c'est selon. Son activité principale ? Chanteur et leader du groupe de reggae Akamassa.
Depuis près de quatre ans maintenant, les neuf musiciens de la formation neuchâteloise composent le noyau dur de la troisième génération d'artistes reggae du bord du lac. Ecumant sans relâche les scènes romandes et helvétiques (70 concerts en trois ans!) ou taquinant les ondes FM de temps à autre, Akamassa s'est engouffré sans complexes et avec brio dans la brèche ouverte il y a une vingtaine d'années par des groupes tels que le Heart Beat Band (devenu plus tard les Madlighters que certains ont pu voir sur scène avec un certain Rico Rodriguez au trombone...) ou les Moonraisers. A l'instar de ses prédécesseurs, la formation se distingue grâce à une musique sobre et efficace, inspirée des standards roots jamaïcains, remaniée par les influences des musiciens du groupe venus d'horizons très divers sur laquelle viennent se placer des textes dénonciateurs et inspirés par la façon dont le monde tourne aujourd'hui.
"Même si le groupe a une réelle volonté de jouer sa propre musique, sans copier ce qu'on pu faire les jamaïcains, le but est quand même de jouer du reggae, c'est notre base commune" explique Greg. D'après les dires du chanteur, Akamassa utilise son reggae comme un outil pour faire passer un message de révolte, militant et engagé, qui flirte parfois avec l'idéalisme mais toutefois issu d'une prise de conscience et d'une réflexion sur le monde actuel : "Les textes des chansons parlent du malaise économique Nord-Sud, de la dette des pays du Tiers-monde ou encore de l'évolution de la société ici en Europe".
Côté histoire, Akamassa peut également se vanter de n'être pas né de la dernière pluie. En effet, cela fait près de dix ans que la formation existe. Les musiciens sont allés et venus pendant cette décennie, avec plus ou moins de succès. Il semblerait pourtant qu'actuellement la formation neuchâteloise se soit trouvée. Pour preuve, Akamassa a accouché d'un premier opus en 2003. Treize chansons composent cet album éponyme, d'ailleurs totalement auto-produit et auto financé (le groupe y tient dur comme fer, "question d'indépendance", nous dit-on). Actuellement en studio à Neuchâtel, le groupe devrait proposer une deuxième galette d'ici à la fin de l'année. Greg nous le promet "plus accompli, plus mature et plus professionnel". Témoin de la constante progression du groupe et de la reconnaissance de ses pairs dans le milieu reggae, des featuring de premier choix et de grande qualité (c'est encore un secret, mais croyez-moi, ça va valoir le détour et en surprendre plus d'un…) pimenteront l'album.
Toujours en évolution et à la recherche de nouvelles expériences, le groupe s'est envolé vers l'Afrique l'an dernier. Deux concerts au Sénégal, un projet humanitaire développé par Greg mais qui doit encore se concrétiser ont ponctué cette expérience de vie, à tel point que tous les musiciens sont rentrés "changés".
De plus en plus présents et toujours plus à l'aise sur scène, Akamassa peut sans autres être considéré actuellement comme un groupe phare de la scène reggae helvétique. Leur calendrier de concerts suffit d'ailleurs à le prouver. Fidèle à leur volonté sans pareil, les neuf membres du groupe vont d'ailleurs s'attaquer bientôt au géant hexagonal voisin, avec un concert du côté de Nantes. En attendant de conquérir les scènes internationales, le groupe reste fidèle à son éthique et travaille dur. Et pourquoi ? Pour votre plaisir de spectateurs et d'auditeurs. Alors dépêchez-vous d'aller les voir en live.
Encore une brève remarque, plutôt en forme d'anecdote : Après environ une heure d'interview, je suis sorti du bistrot avec Greg. La grisaille avait alors laissé la place au soleil… Bonnes vibes!



Focus
Sur scène, Akamassa dégage indéniablement quelque chose. Une sorte d'esprit positif qui résulte d'un style de vie, cultivé par les membres du groupe. "On essaye de faire le maximum de choses ensemble, de passer des bons moments, le tout dans un esprit de famille!" souligne Greg. Et dire que cela se sent sur scène également n'est de loin pas abusif! Ainsi, puisque les neufs musiciens participent tous de la même manière à cet "esprit de famille", laissez-moi vous les présenter : on trouve donc Magoo à la batterie, Gino à la basse, Mathias au claviers, Lucien à la guitare, Julien à la guitare également, Binbin à la percu, Audrey aux chœurs, Greg à la voix et Léandre au trombone. Et pour que la fête soit plus belle encore, Boubou s'occupe du management. En live, on trouve Jérôme et Patrick à la console et Mathias à la lumière. Plus on est de fous…
Notre avis
En 2003, Akamassa sortait son premier album éponyme. Deux ans après, près de 1600 copies ont été écoulées. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Pour un groupe régional, qui produit et finance lui-même ses chansons, ce résultat mérite d'être souligné. Regroupant treize titres à tendance plutôt roots, la galette des neuf neuchâtelois sent bon le travail acharné. Un son tout à fait respectable, des arrangements fins et qui souvent tombent à pic sans pour autant en faire trop ponctuent ce disque. Très au point, la section rythmique pousse le tout. Guitares et claviers semblent ensuite se poser naturellement et accompagnent à merveille les voix. Bref, un album très réussi. On attend la suite avec impatience.
seb || le 11 juillet 2005