Le reggae chaloupé d’Inna Crisis, ostensiblement roots, est désormais disponible sur le premier album du groupe, The time is now, sorti au mois d’avril dernier. Il s’est retrouvé sur ma platine CD et, par le skank alléché, j’ai voulu en apprécier le rendu en live. Rencontre en marge du Festival de la Cité à Lausanne.
Lausanne, samedi 9 juillet, 21h15. Il reste une heure avant le concert d’Inna Crisis et je réussis encore à être en retard. Patrick, leur manager, m’accueille et me conduit dans les loges où m’attendent Joël, en charge des claviers et des percussions, et Mathieu le bassiste. Le batteur Maxime reste en retrait et la section de cuivres, Nicolas à la trompette et Fabian au saxophone, arriveront en cours d’entretien.
Inna Crisis s’est formé en 2001, à la rencontre de cultures musicales aussi différentes que le jazz ou le metal, le groupe s’est trouvé autour du reggae. « C’était notre trip à tous », confient Mathieu et Joël. À peu près une année de répétitions instrumentales plus tard, Inna Crisis trouve Mark Kelly sur sa route. Le mancunien intègre aussitôt le groupe et se chargera du chant lead et des textes, en anglais. 2002, c’est aussi le début des concerts qui ajoutent à l’expérience des musicos. Depuis cette date, le groupe chablaisien a écumé les scènes romandes, bénéficiant de belles opportunités telles que les Caves du Manoir de Martigny, le Montreux Jazz Festival Off, Monde de Couleurs à Porrentruy ou encore le Lombric Festival de Giez. En 2004, Inna Crisis a l’avantage d’ouvrir les concerts de grosses têtes d’affiche comme Yannick Noah, Pierpoljak et les Californiens de Groundation. « Ces concerts, on les a obtenus par le bouche-à-oreille. On a eu beaucoup de plaisir à chauffer des salles qui s’emplissaient progressivement jusqu’à 7 ou 9000 personnes » disent en chœur Mathieu et Joël.
En 2003, Inna Crisis avait déjà posé sur CD quatre des morceaux de son répertoire, pour une démo destinée à démarcher les organisateurs de concerts. Quatre titres à mi-chemin entre reggae et la touche funky apportée par Mark. Un des titres est d’ailleurs paru sur la Kompil’Trock 2004 avant que le groupe ne se recentre sur un reggae plus roots pour l’enregistrement de The time is now au BBM Studio de Lausanne (voir Focus), « un album bien plus abouti qui nous a permis de trouver des concerts et de fidéliser nos ingénieurs du son ». Une section rythmique droit dedans, un chanteur à la voix bien soul collant pile-poil à cette musique, et des harmonies de cuivres à trois voix du plus bel effet caractérisent le son d’Inna Crisis.
L’actualité, c’est le Reggae Boat du Montreux Jazz Festival samedi dernier avec Jah Man Gang, gig obtenu lors d’un récent concours qui s’est déroulé au Ned de Montreux. Avant le Festival-De-Roots, entièrement consacré à la musique jamaïcaine. De plus, Inna Crisis prépare activement sa participation au Freddie Mercury Awards en novembre à Montreux, qui passe par la préparation d’une vidéo, probablement filmée ce week-end lors du Festival-De-Roots.



Focus
C’est par un temps mitigé que les sept musiciens d’Inna Crisis ont investi la scène du Lapin Vert lors du dernier Festival de la Cité lausannois. Intro en douceur et qui permet d’ajuster le son, avant qu’Inna Crisis ne déballe les titres de son album. Parmi eux ressortent en particulier la chanson-titre The time is now, -au beat doublé par la grosse caisse sur tous les temps, trop bon !-, et Woman avec son long space dub introductif, ou encore Shockwaves. Les nouveaux morceaux trouvent eux aussi leur place dans le set, tel l’intermède de percussion batterie-djembé de Maxime et Joël sur un ska qui a enflammé le public devant la scène. Mark Kelly dispose d’un véritable charisme, qu’il utilise à bon escient pour chauffer la foule, sautillant et profitant des armatures de la scène pour haranguer le public relégué au fond et sur les côtés. Un rappel tout en mouvement, durant lequel on peut apprécier le succès du groupe par le fait que tout le public chante en chœur, et une heure et demie a passé sans rien y voir. Avec encore une reprise de Bill Withers, le classique Ain’t no sunshine version reggae, ce fut une prestation bien huilée. Mark et Samuel : « Le public était super-excellent, il y a même des plus vieux qui ont eu l’air d’apprécier, même si quelques intros n’étaient pas au point. » Un seul bémol, au niveau du son : la guitare de Mark, ainsi que la basse de Mathieu, et c’est dommage pour un groupe de reggae, étaient légèrement trop en retrait.
Notre avis
The time is now est donc le premier album d’Inna Crisis, sorti en avril. Onze titre originaux sur cette galette, en majorité low tempo et à consonance très roots, le tout parsemé de parties dub du plus bel effet. La couleur musicale uniforme et homogène de cette première vraie galette laisse entrevoir une cohésion très mature, même si les sonorités en grande partie mineures peuvent paraître répétitives pour certains, voire au bout d’une heure et demie de concert. Un choix délibéré ? « Ben on fait peu de ska parce qu'on n'aime pas trop, et c’est un peu dommage pour le public qui adore quand ça bouge… » nous dit Samuel. Néanmoins, onze titres d’une excellente facture avec une production mettant les mediums et les aigus en avant, agrémentés de trois dubs remixés par Antonello Lubello des MadLighters, qui s’est également occupé de certains morceaux de l’album. « Antonello a apporté ce qu’on voulait au son, et il a fourni un travail qui correspond tout à fait à nos attentes », expliquent Joël et Mathieu.
yann || le 18 juillet 2005