Il n’y a pas que les autres qui sachent faire de belles chansons. En Suisse aussi ça existe. Pour vous le prouver, Newzik vous présente Gaetan Breton dans une interview extra-large…
Si vous écoutez un tant soit peu les radios jurassiano-neuchâteloises, vous n’avez pas pu manquer cette chanson : “…j’sais qu’toutes façons t’es trop chère pour moi, ça c’est sûr… c’est sûrement ça…” Ou alors vous avez mal écouté. Et pour tous ceux qui n’écoutent pas ou ne peuvent capter ces ondes, Newzik vous propose une séance de rattrapage avec Gaetan Breton. Cet auteur-compositeur-interprète au talent confirmé et à la voix captivante, se dévoile pour vous entre deux pincements de corde, sans sa guitare…
En deux mots, quel est ton parcours musical ?
Je joue de la guitare depuis l’âge de onze ans à peu près. J’ai commencé sur des idoles genre Bob Dylan, des protest singers à l’américaine mais je m’y suis jamais mis sérieusement ni à la guitare, ni au chant. Plus tard, j’ai mélangé les deux sons, j’ai approfondi la composition qui unit les deux choses. Si j’ai été avant tout guitariste ou chanteur ? ben aucun des deux en fait. Mais disons plutôt que je suis guitariste en premier.
Comment est-ce qu’on devient artiste quand on vient de Soulce ?
J’crois que c’est une sensibilité, une nécessité qu’il y ait des chansons comme ça. Ca pourrait être n’importe où : depuis le fin fond de Soulce comme du fin fond de l’Afrique ou de New York. J’crois pas que ce soit plus compliqué parce que je viens du Jura. C’est peut-être le parcours commercial qui serait plus compliqué effectivement mais c’est de toute façon pas mon but. La création c’est le premier truc, et ça peut venir de n’importe où.
Ca se passe comment ton travail de compositeur ?
Souvent les morceaux viennent d’un coup comme ça, musique et paroles en même temps. Ca vient souvent quand je suis en train d’écouter un morceau. A ce moment-là ça m’inspire, ça me donne certains sentiments. Parfois ensuite la chanson lui ressemble un peu, même des fois je lui fais un clin d’œil et elle y ressemble passablement dans l’arrangement ou dans la suite d’accord. La composition ça peut prendre beaucoup de temps, ça prend vite quelques heures. Mais quand le morceau vient, ça va assez vite. Après pour le mettre en place, c’est plus sérieux et ça prend du temps.
La musique ça prend beaucoup de place dans ta vie ?
Ah oui ! La musique c’est plus qu’un à-côté. En fait, c’est même pas un à-côté ! C’est une deuxième vie, parallèle. J’essaie pas de gagner quoi que ce soit d’argent avec. Si j’avais pas la musique, je sais même pas ce que ça donnerait.
Tu estimes jouer de la musique plus pour toi ou pour les autres ?
C’est plus pour moi, ça me paraît assez clair. Pour le public, j’essaie, je lui parle sur scène mais je suis pas toujours à l’aise, je suis peut-être un peu sur la défensive par rapport aux attentes aux concerts. Surtout à notre niveau, les gens viennent rarement pour nous donc on a toujours peur de ne pas pouvoir communiquer notre plaisir aux autres.
Sur scène, t’es entouré des quatre musiciens de la Costa del Soulce…
Exactement. Par rapport au disque (Opikanoba, sorti en 2004, ndlr), je les ai plutôt rencontré après. C’est un groupe qui est assez récent, mais une partie des gens sont des vieux copains. Sur le disque, il y a au moins quinze musiciens dont beaucoup font partie du funk collectif. Et la Costa del Soulce s’est formée pendant l’enregistrement du disque. Le disque s’est fait en trois ans donc j’ai eu le temps de rencontrer des musiciens. D’abord je l’ai commencé tout seul et puis j’ai appelé mes potes musiciens en fonction des envies que j’avais, d’après les morceaux. Avec le groupe, c’est surtout pour la scène. Ca permet d’être aussi plus dynamique, qu’il y ait plus de jus en live.
Ca t’arrive de jouer seul avec ta guitare en concert ?
Non, ça m’est pas arrivé mais c’est vrai que c’est une idée qui me travaille : dans un concept vraiment calme genre violoncelle, guitare et cornemuse, justement histoire de mettre de la cornemuse voire du banjo, style folk américain-irlandais. Ca me dirait bien. Mais ça demande toujours beaucoup d’énergie…
…et faut trouver quelqu’un qui joue de la cornemuse…
ouais ben ça pour mon disque j’en ai trouvé. C’est un musicien de Neuchâtel, Jean-Daniel Ruedi qui est aujourd’hui un bon pote. Mais c’est vrai que c’était l’instrument difficile à trouver. Et pour le banjo, c’est pas forcément évident à trouver non plus.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Que ça continue comme ça parce que c’est vraiment bien. Le disque a été bien reçu par le monde et les radios en général. Faut espérer que ça continue comme ça.


Focus
Même s’il prétend ne pas être trop à l’aise en parlant au public, Gaetan Breton a visiblement une certaine envie de communiquer avec lui. On dirait même que ça le démange. Ou alors, il cache bien son soi-disant malaise parce que c’est bien au contraire avec beaucoup d’humour qu’il présente ses chansons. Dimanche dernier à Alle, lui et son groupe ont ainsi commencé leur concert en playback pour ensuite pouvoir montrer au public que « s’ils faisaient des fautes, c’était exprès pour montrer qu’ils jouaient pour de vrai » ! Par la suite, Rodgeur Federer a également eu droit à sa chanson dédicacé. Autre exemple : le 22 juin lors de la Fête de la Musique à Porrentruy, il a ainsi expliqué au public venu nombreux comment il composait ses chansons : « Un jour, j’étais dans les champs, au milieu des moutons. Alors j’ai pris ma guitare, j’ai commencé à jouer, et les moutons, ils sont partis ». Alors ne le croyez plus quand Gaetan Breton dit qu’il n’aime pas trop communiquer…
Notre avis
Depuis la sortie d’Opikanoba en 2004, cela ne fait plus de doute : Gaetan Breton est bien un artiste confirmé. Vous cherchez une musique calme ? Le chanteur jurassien vous offre un mélange intime de blues, de folk et de reggae, entre guitare et voix, le tout derrière des textes simples et mélancoliques. Vous trouvez cela trop triste et refusez catégoriquement d’être pris par les sentiments ? Allez le voir sur scène. Entouré de la Costa del Soulce, il remplace les accords paisibles par des rythmes plus funk-rock et entraîanants, qui donnent la pêche même sous la pluie et des mélodies qui vous poursuivent le lendemain encore. En tous cas, ne manquez pas « trop chère pour moi », ainsi que d’autres extraits dans notre rubrique mp3. Ta dada dada dada da tata…
françois || le 15 août 2005