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Attentat Suicide : un rap et un premier disque très hardcore

Attentat Suicide

Présents depuis 2002 à Neuchâtel, les trois MC du groupe Attentat Suicide distillent un rap violent et hardcore. Rencontre avec deux de ces membres qui vous présentent leur vision du hip-hop à travers leur premier disque : 666e rage.

Est-ce que vous pouvez, en deux ou trois mots, vous présenter ?
Soni : Notre groupe c'est Attentat Suicide. On est trois MC : Sarao, MC Jaludi et Soni. Ca fait depuis 2002 qu'on rappe ensemble au local de Sarao. Personellement, je rappe depuis 1998, Sarao depuis 2001 et Jaludi depuis 2002. Au fil du temps, on a remarqué que, à force d'y aller tout les week-end et chaque semaine, c'est devenu un groupe. On était aussi sur la même longueur d'onde au niveau des paroles, avec des textes sociaux et quand même assez hardcore. C'est donc venu naturellement avec le temps. Au début, le groupe s'appelait Attentat Lyrical. Mais comme c'était déjà blazé sur Paris, par respect pour ces gens qui rappent depuis plus longtemps que nous, on a changé en Attentat Suicide. Au fil du temps, on a pu aussi acheter du matériel qui nous permettent de sortir des morceaux d'une qualité acceptable actuellement.

Pourquoi le nom "Attentat Suicide" ?
Soni : Pour moi, c'était important que dans le nom du groupe, on retrouve le mot "attentat". Cela représente le côté hardcore du groupe. C'est Mc Jaludi qui a eu l'idée de "Attentat Suicide", pour illustrer le côté violent des textes et de la façon de rapper. Il faut aussi voir l'idéologie d'un attentat suicide : un kamikaze, c'est quelqu'un qui est prêt à donner sa vie pour sa cause. Et pour moi, le rap c'est ma vie et même si je ne gagne pas d'argent avec, je serais prêt à mourir pour le rap. Pour le kamikaze, l'attentat lui permet d'exprimer sa violence. Même si on est pas violents dans la vie, on l'est au micro.

Sarao : Je nuancerais un petit peu : ce que j'aimais bien dans ce nom de groupe, c'est qu'il choque. C'est donc un nom qu'on va retenir. Les gens croient que l'on se prend pour des Palestiniens ou autre chose. En fait, dans mes textes, j'aime bien jouer avec ça, voir si les gens écoutent les paroles avant de critiquer, car souvent les textes sont plus nuancés que le nom du groupe lui-même.

Comment se sont passés la production et l'enregistrement de l'album ?
Soni : Il y a 13 morceaux sur l'album. Les premiers ont été enregistrés en 2004 chez H2OK. Au fur et à mesure que les morceaux s'accumulaient, on a décidé de sortir un disque. On a fini d'enregistrer les derniers titres chez moi. Tout a été enregistré en home studio, pour une question de moyens. Si on avait pu, on aurait bien sûr choisi un vrai studio.

Sarao : On est pas allé dans l'idée de absolument faire un album. Personnellement, sur ce disque, j'ai des morceaux qui datent de 2001, 2002. Pour nous, au début, c'était vraiment du rap de garage. Ensuite, on a sorti le disque, aussi pour faire connaître aux gens ce que l'on fait.

Au niveau de la prod des morceaux, ça se passe comment ?
Sarao : On est aidés de deux, trois potes dont notamment H2OK de Cortaillod qui au début nous a donné un bon coup de pouce. On a beaucoup bossé avec lui sur les instrus et les enregistrements. Maintenant, même si on a notre matériel, on aime toujours bosser avec des potes, rien que pour la diversité musicale.

Quand on écoute le disque, on remarque tout de suite l'ambiance assez sombre et violente, un rap très hardcore. Pour vous, c'est un réel besoin d'aller aussi loin dans vos textes ?
Soni : Je n'ai pas le droit de me plaindre ici en Suisse. Je ne suis pas quelqu'un qui vient de la rue. Je ne dirai jamais dans mes textes : "c'est la misère, c'est le ghetto". Je n'ose pas dire ça, juste par respect pour les gens qui y vivent vraiment. Simplement, j'ai vécu certaines choses qui font qu'il y a une haine, une colère qui s'est accumulée et au bout d'un moment j'ai eu besoin de sortir ça. Je ne suis pas quelqu'un qui aime frapper et j'ai trouvé ma voie dans le rap hardcore. J'aurais pu brûler des voitures ou faire de la boxe… C'est ma façon de sortir ce que j'ai dans les tripes.

Sarao : Sur le cd, je pense que je suis le plus modéré au niveau des textes. Je préfère utiliser cette violence pour illustrer ce qu'il se passe de glauque dans le monde.

Une façon de provoquer en sorte ?
Soni : Les textes que j'écris, ce n'est pas de la provocation, pas non plus une façon de se la jouer. C'est vraiment ce que je ressens. Je canalise toute la haine que j'ai en moi dans mes textes. Je suis extrêmement radical dans mes textes, Mc Jaludi aussi. Je n'ai pas vraiment de compromis. Pour moi, soit c'est le bien, soit c'est le mal. Quand tu prends une position, tu l'assumes!

Vous n'avez pas peur que les gens s'arrêtent uniquement à ce côté hardcore et que finalement, vous n'arriviez pas à faire passer votre message ?
Soni : C'est ça le problème. Les gens qui n'ont pas aimé notre cd, ils ont jugé sur ce qu'ils ont entendu. D'après moi, tu n'as pas le droit du juger. En plus, tu ne peux jamais tout comprendre ce qu'il y a derrière. Par exemple, quand tu fais un complet, c'est dur, sur seize mesures, de faire une monstre argumentation. Ca prend trop de temps, ça donnerait des morceaux de vingt minutes. Alors je me concentre surtout sur le fait de condamner. Je vais directement à l'état final. Je n'expose pas les faits.

Sarao : Je pense que si la personne a vraiment bien écouté, elle arrive à comprendre qu'il y a des sous-entendus dans nos textes. Après, elle peut être d'accord avec ce que je pense ou pas! La difficulté est de faire des allusions que les gens qui ne nous connaissent pas arrivent quand même à comprendre.

Soni : Dans mes textes, il y a beaucoup de métaphores, d'images. Quand tu regardes un peu plus loin, tu vois que ce n'est pas que de la violence gratuite genre "on veut tout tuer, tout niquer". Il y a quand même une raison derrière. Mais ce n'est pas facile de l'exprimer de façon courte. De plus, je ne rappe pas en fonction des gens. Je rappe pour moi. Après si les gens se retrouvent dans les textes, si ils kiffent, tant mieux, sinon, tant pis. Mais si tu commences à rapper en fonction de ce que les gens veulent, tu perds de ton intégrité.

Sarao : Pour ma part, je respecte totalement les avis divergents. Avec le temps, je suis de plus en plus nuancé dans mes textes, beaucoup moins hardcore. J'essaie plus de peser le pour et le contre de chaque chose et de garder l'esprit ouvert, sans être moins engagé!

Vous dites que vous ne rappez pas pour les autres. Mais imaginez qu'un gamin de 10 ans tombe sur le disque. Vous ne pensez pas avoir une certaine responsabilité envers le public ?
Sarao : Le gamin de 10 ans qui allume la télé le soir et qui voit des Palestiniens se faire sauter, il ne va pas forcément comprendre, et être autant choqué qu'en écoutant le cd.

Soni : Effectivement, si le gamin de 10 ans écoute nos textes et les interprète mal, c'est dangereux. Mais tu ne peux pas éviter cela. Comme dit Sarao, la violence n'est pas présente que dans le rap. Elle est dans les médias, chez les autres, dans les campagnes UDC, des saloperies comme ça.

Sur le disque, tu as une chanson solo Soni avec quelques phases qui dénoncent violemment l'homosexualité. Je sais que tu as pas mal été critiqué pour ça. Aujourd'hui, comment tu t'expliques à ce sujet ?
Soni : Je suis extrêmement croyant et ce n'est pas le rap qui m'a fait devenir anti-homosexuels. Je l'étais déjà avant d'être à fond dans le rap. Pour moi, l'équilibre c'est un homme et une femme. Un enfant doit avoir un père et une mère et pas deux pères ou deux mères. L'homosexualité est quelque chose que je condamne fortement. Je le dis peut-être d'une façon radicale et violente car je le ressens comme ça. Les gens qui nous critiquent sont des immenses faux-culs, parce que dans le rap, pour moi, le 80% des MC, je ne pense pas qu'ils soient homophiles mais plutôt homophobes. Seulement je ne pense pas qu'ils aient le courage de le dire. Seulement quand tu regardes le rap français par exemple, il y a beaucoup de phases homophobes et personne ne critique ces Mc, peut-être parce qu'ils sont plus connus. Moi, je m'en prends plein la gueule mais je ne vais pas changer mon avis pour autant. Il faut préciser aussi que même si cette vision de l'homosexualité est reprise par l'extrême droite, ça me fait chier. Je suis autant anti-extrême droite que anti-homosexualité.

On va parler un peu du hip-hop en général et en Suisse romande. Comment quelle regard portez-vous sur ce milieu à l'heure actuelle ?
Sarao : Je dirais qu'en Suisse romande, je ne veux pas trop parler.. Je connais plus sur Neuchâtel. Je trouve l'ambiance mauvaise. D'ailleurs on a pu le voir, notamment par des soirées. Les gens bougent plus. Malgré le fait qu'il y ait des Mc qui se décarcassent, l'ambiance se dégrade vraiment. En Suisse romande, il y a quand même un sacré niveau, que ce soit à Lausanne ou ailleurs. Autrement, c'est dommage car j'ai l'impression que chacun rappe pour sa gueule et que tout le monde veut se la jouer à l'américaine, avec des grosses bagnoles et du bling-bling.

Soni : Je ne sais pas comment cela se passe ailleurs. Mais en Suisse, pour ce que je vis ici, il n'y a aucune solidarité. Tout le monde se tire dans les pattes. Aujourd'hui, je remarque que ce qui est le plus important pour les gens c'est la notoriété, le buzz, sortir le plus vite son album, avoir dix mille connexions, des featurings, etc… Mais quand tu télécharges, sur 20 cd, pour moi, il y en a 15 qui ne sont pas bons. Le gens pensent de moins en moins au rap.

Vous avez pris le parti de donner votre cd, au lieu de le vendre. Pourquoi une telle démarche ?
Soni : Pour moi, l'argent, ça pourrit les gens. Donc personnellement, je vais tout faire pour ne pas rapper pour la thune. Le plus important pour nous c'est pas de savoir si on va vendre notre skeud 5 ou 10 francs. Le plus important est que l'on soit reconnus et respectés dans le rap, que les gens se disent qu'on est là, et que même s'ils ne kiffent pas ils respectent. C'était ça notre but. Et on est pas les seuls à l'avoir fait!

Sarao : Le fait que l'on donne ce cd prouve que c'est une motivation intrinsèque. Cela repousse toutes les idées de business, etc… On fait vraiment ça pour le rap et uniquement pour cela. On a envie d'aller dans le bon sens.

Autre chose ?
Sarao et Soni : Dédicace à MC Jaludi qui n'a pas pu être là pour l'interview, à 39 prod, Meleemellow crew, L'Allié, Dj Cort-$, Illicitano, les Espagnols de Alianze, Tena, Rollin'Job et Totem.

 

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Notre avis

Que l'on soit d'accord ou pas sur les thèmes abordés par Attentat Suicide et la façon dont ils le font n'est pas ici la question. On est en démocratie et chacun a le droit de s'exprimer, parait-il. Après, il est clair qu'il est tout à fait compréhensible que le côté violent et hardcore développé sur l'album 666e rage ne plaise pas à tous, puristes du hip-hop ou non. Cependant, à mon humble avis (et je dois dire que je ne partage de loin pas toutes les idées des trois MC neuchâtelois), un site comme newzik.ch se doit de souligner la démarche. Les types se bougent pour sortir leur disque, ils font ce qu'ils aiment sans concession et poussent même le vice jusqu'à offrir leur disque. La moindre des choses est donc de leur laisser un peu de place pour s'exprimer. Après, que l'on aime ou que l'on aime pas, c'est autre chose.


 

seb  ||  le 10 octobre 2005


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