En 2003, deux amoureux de musique fondent le label Watermelon. En 2005, leur catalogue compte une vingtaine de groupes et leurs productions commencent à s’exporter au-delà de nos montagnes. Rencontre.
Il y a deux ans, Dimitry et Sergio, respectivement manager et musicien du groupe pop/rock fribourgeois Gnu décident de se lancer à corps perdu dans l’aventure Watermelon. « Après avoir sorti trois album avec le groupe, on a souhaité pousser un peu plus loin notre passion et développer une structure qui soit capable d’une part de soutenir les formations musicales de la région, mais également celles d’ailleurs » explique Dimitry, co-responsable du label. Sans se cloisonner à un style ou à un courant musical défini, les deux compères vont très vite s’attaquer à la scène internationale, car, selon Dimitry, « il faut bien se rendre compte qu’en Suisse, il n’y a pas vraiment de marché musical pour les petits groupes. Nous sommes alors parti du principe qu’il n’y a pas de raison que les formations d’ici ne puissent pas se vendre au-delà des frontières». Cet audacieux pari va se révéler payant.
A coup de « 16 heures de travail par jour, sans compter les week ends », Dimitry et Sergio parviennent alors à mettre en place une structure qui diffuse actuellement les galettes d’une vingtaine de groupes, Suisses et Européens, dans plusieurs pays comme l’Allemagne, du Bénélux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg) ou encore du Portugal. « Actuellement, on se concentre sur l’Europe. On va essayer de boucler d’autres pays, notamment dans le Nord et à l’Est. Ensuite, on va probablement aller fouiller du côté de l’Amérique Latine qui a un marché en pleine expansion » souligne Dimitry. Situés à quelques pas de Frisson à Fribourg, les bureaux de Watermelon Entertainment ne chôment pas (et c’est le moins que l’on puisse dire), deux ans seulement après la création du label. A tel point qu’en plus des deux co-fondateurs, une personne a été engagée pour s’occuper du multimédia et une autre qui elle ne se concentre que sur la programmation des artistes estampillés Watermelon sur les scènes et autres affiches régionales et internationales.
Toujours fidèles à leur ligne de conduite, les deux mélomanes fribourgeois naviguent sans le moindre complexe à travers les vastes univers musicaux explorés par les groupes présents sur leur structure. La chanson française de Betrand avec D côtoie le rock de Masi, le reggae de Harambee et de Johnny King et Askaar Crew, l’électro du clavier des Young Gods Al Comet ou encore les mélodies rock de Zero In On. En bref, que du beau monde ! Si tous ces groupes, et bien d’autres encore font partie de la grande famille fribourgeoise, ils n’y figurent pas tous au même titre : «nous ne sommes pas impliqués de la même manière avec tous les groupes. Pour certains, comme Masi par exemple, nous gérons tout, à savoir la production, le management, le booking et la promotion. Pour d’autres, nous ne prenons en charge qu’une partie du travail » explique Dimitry.
Avec des albums pressés à plus de 5'000 exemplaires pour certains de ses poulains et distribués, cela a été dit, un peu partout en Europe, Watermelon Entertainment commence, doucement mais sûrement, à se tailler une jolie part du gâteau musical helvétique et international. Malgré tout, une saine prudence reste de mise au sein de la direction du label. « Nous n’avons rien à voir avec le fonctionnement d’une major. On bosse beaucoup plus au système D, faute de gros moyens » note Dimitry. Et pourtant, cela n’empêche pas les deux romands d’enchaîner albums, clips et tournées pour leurs protégés, le tout avec classe et brio. Pour Dimitry : « ce qui compte, comme dans tous les milieux artistiques, et pas seulement celui de la musique, c’est d’avoir de bonnes idées et de les mettre en valeur correctement. Après l’argent va te servir uniquement à avoir une meilleure caméra pour tourner tel ou tel clip. Mais il ne va pas t’amener de meilleures idées !». Cqfd !
Vu que nul n’est prophète en son pays, les responsables de Watermelon sentent, encore à l’heure actuelle, une tendance assez frileuse du public suisse envers ses artistes nationaux. « Il semble pourtant que le complexe, « c’est d’ici alors c’est de la merde, soit petit à petit en train de changer dans les mentalités ». Les radios nationales y sont pour quelque chose » souligne encore Dimitry.
A court terme, le principal objectif de Sergio, Dimitry et leurs collaborateurs sera de péréniser leur infrastructure en continuant de s’impliquer sur et pour la scène musicale locale, nationale et internationale. Et Dimitry de conclure : « Nous allons essayer de pousser le plus loin possible. Nous voulons tenir sur la distance. Deux ans pour un label c’est encore très jeune ! »





Focus
Les 17, 18 et 19 novembre prochains, le Nouveau Monde de Fribourg accueillera le Watermelon Festival. Créée il y a deux ans, soit en même temps que le label du même nom, la manifestation programme des groupes régionaux, qu'ils fassent ou non partie du label fribourgeois. «La première édition a été un peu un hasard. C'est le Nouveau Monde qui s'était approché de nous pour développer le festival. On l'a organisé en deux mois à tout casser» explique Dimitry. La troisième édition est donc prévue pour dans deux semaines. On n'en dit pas plus. Rendez-vous dans ces mêmes colonnes très prochainement pour une couverture complète du festival par vos newzikers favoris!
Notre avis
Watermelon... cela vous dit quelque chose ? Personnellement, après avoir pris connaissance du projet, de son histoire et après avoir écouté Dimitry me raconter son label, Watermelon m'a laissé une impression de fraîcheur, comme la chair rosée et juteuse d'une pastèque, dégustée en plein soleil au beau milieu de l'été. Seulement, si je peux me permettre, la seule différence entre la pastèque, la vraie et l'autre, celle du label, c'est que, dans cette dernière, même en regardant bien et en faisant le plus attention possible, je ne suis tombé sur aucun de ces petits grains noirs que l'on doit recracher et qui, il faut le dire, pourrissent un peu la dégustation de la pastèque, la vraie. En bref et en mois tortueux, Watermelon, c'est que du bonheur. Des gars qui aiment la musique qui fournissent un travail de titan, juste poussés par l'envie de faire partager leurs coups de coeur et leur passion avec d'autre gens. La démarche, tout comme le résultat méritent donc d'être amplement soulignés. Merci Watermelon et bon vent!
seb || le 07 novembre 2005