LAN, ce sont huit Francs-montagnards qui défendent avant tout l'ouverture d'esprit musicale. Après avoir taquiné les scènes romandes pendant 10 ans, ils sortent un 2e album: Faits Divers.
C'est en 1995 que LAN (comprenez Les Aigles Noirs. Pourquoi, je ne sais pas, j'ai oublié de poser la question..) voit le jour dans un petit village (si je dis hameau, ils me butent..) situé sur les hauteurs du canton du Jura. De trois au départ, les musiciens de LAN sont aujourd'hui au nombre de huit. Après nombre de tribulations musicales, le groupe se trouve aujourd'hui en possession de deux albums, le dernier est sorti en novembre 2005, et d'un titre sur une compil' distribuée en France et en Belgique. En guise de préambule, laissez-moi vous les présenter:
LAN, c'est donc (tadadadadadadadadam, roulement de tambour) : Clo au chant et à l'harmonica, Bis à la guitare et à la voix, Loac à la guitare, SeB à la basse, Djaie à la batterie, Kristof au didgeridoo, aux percus et à la voix, Toitoine au saxophone et Stan au violon.
S'ils sont incontestablement déjantés, les membres du groupe LAN sont tout autant ouverts d'esprit, que ce soit musicalement ou dans la vie de tous les jours. Preuve en est leur musique qui ressemble à tout sans n'être la pâle copie de rien, soit un mélange de ska, de punk, de folk ou de chanson. "Lors des débuts du groupe, on était tous des fans de Nirvana et de Fou (un groupe jurassien de la grande époque, NDLR). Ensuite avec le temps, les rencontres, les musiciens qui ont rejoint le groupe, on a élargi nos horizons musical, ce qui se ressent bien sur notre deuxième album, Faits Divers. Cependant, on vient tous du rock et ça, on le revendique" explique SeB, le bassiste. Une autre chose que LAN revendique, c'est les textes, dans la langue de Voltaire, puisque, comme on peut le lire dans presque tous les coins du dernier des cantons suisses, "Le Jura parle français".
Les textes, parlons-en. Le premier album déjà, "Woatsgainfokets" (pourquoi ce nom, je ne sais pas non plus…), avait une odeur de révolte, de coup de gueule. Engagé, ce groupe l'est, de par son chanteur aux idées pas forcément très à droite et par les musiciens, qui partagent ses credos. "Les textes engagés sont une composante du groupe. Seulement, ce n'est pas la principale. Le fait de créer une musique festive, sur laquelle les gens peuvent danser et s'amuser est beaucoup plus important pour nous. Nous utilisons ensuite le fait que l'on joue sur scène et que l'on sort des disques pour faire passer un message qui nous est cher" souligne Seb.
Sur le deuxième album, on retrouve donc ce métissage musical et ces textes engagés. Enregistré au Studio Mecanique de La Chaux-de-Fonds, chez le déjà présenté sur ce site Julien Fehlmann, la galette a mis du temps à lever, et pour cause: "Nous avions envie de faire les choses bien. Quatre semaines ont été nécessaire pour les prises de son. A ce sujet, la batterie, la basse et la guitare ont été enregistrées en live, pour plus de pêche. On a passé ensuite deux semaines sur le mixage. Finalement, un pote de Lausanne nous a réalisé le mastering en une petite semaine" note SeB. Un gros travail de production et de mise en place pour au final gratifier le public romand d'un album 10 titres de qualité où une certaine maturité technique et musicale se fait sentir, en comparaison du précédent sorti en 2001. Secondés par un pianiste Tramelot (de Tramelan, donc) pour les arrangements, les huit musiciens peuvent, sans prétention aucune, s'annoncer fiers du résultat. Preuve supplémentaire de la qualité de l'opus, celui-ci est distribué par Irascible.
Souhaitant privilégier le live, puisque c'est de là qu'ils viennent à la base, les musiciens jurassiens vont maintenant faire vivre ce disque. Et SeB de conclure: "On a fait pas mal d'envois. On va passer les deux semaines qui viennent à décrocher notre téléphone pour savoir si les clubs et les festivals souhaitent nous programmer, et, si ce n'est pas le cas, tout du moins pour avoir un avis sur ce nouveau disque. Des passages radios sont aussi prévus, mais ce n'est pas là notre priorité. Ce que l'on veut, c'est défendre notre album sur scène, pouvoir le jouer!"



Focus
Si les huit musiciens de LAN étaient des œnologues, la scène serait leur Gervrey-Chambertin 1943. S'ils étaient des poissons rouges, elle serait leur bocal. Bref, pas besoin de vous faire un dessin, LAN est un groupe de live par essence. Et franchement, ce ne sont pas ceux qui ont déjà eu l'occasion de les voir en concert qui me jetteront la première pierre. Depuis la création du groupe, alors que certains de nos lecteurs venaient tout juste de quitter le bac à sable en laissant traîner leur pelle et leur seau et que d'autres tentaient désespérément d'être assis à côté de Joséphine pendant le cours de maths, LAN n'a cessé d'enchaîner les dates. A l'heure actuelle, le groupe en a cumulé près de 80, partout et de tous types. "Certains concerts sont vraiment de bons souvenirs. Le Mont-Soleil Festival cette année ou Balélec à Lausanne en font partie. Cependant, nous ne cherchons pas à jouer uniquement sur des grosses scènes. Je me souviens notamment d'un concert à Chevenez (la capitale de la Saint-Martin, dans le Jura donc, NDLR) et d'un autre dans un squat à Genève qui ont été totalement fous" explique Sébastien Bandelier, bassiste du groupe, entre autres choses. Sans vouloir ramener ma fraise et pour la petite histoire, j'ai eu la chance d'assister à quelques unes de leurs prestations scéniques, dont celle du Mont-Soleil Festival, en automne de cette année. Outre le fait qu'il m'a flotté sur la tronche pendant 8h de temps et que ma voiture n'a pas pu repartir du parking sans auparavant avoir été remorquée par un tracteur, les LAN ont tout déchiré. Pour dire, le public a atteint un tel état d'excitation que les barrières qui séparent la scène de la foule ont cédé… Je pense que l'exemple précédent est assez révélateur de la puissance de feu musical des huit jurassiens. Je ne rajouterai donc rien d'autre.
Notre avis
LAN, moi, j'aime bien. Les mauvaises langues diront que c'est par pur chauvinisme jurassien, parce que l'on entend ici ou là dans leur musique un délicieux contretemps qui me fait et me fera toujours frissonner, et caetera, et caeterera… grand bien leur fasse. Malgré toute la subjectivité de la critique qui va suivre, on ne peut enlever un certain mérite au groupe LAN. Le fait que cela fasse maintenant plus de dix ans qu'ils existent et qu'ils soient toujours présents et motivés comme au premier jours malgré les moult changements de musiciens, de styles, de locaux de répétitions, de galères à trouver des concert, le temps perdu à faire promettre la lune alors qu'il ne s'agit en fait que d'un néon et j'en passe… je dis chapeau! En plus, ceux qui les connaissent (ou ceux qui après avoir lu ce papier auront envie de creuser un peu et de se procurer les deux albums) constatent une réelle évolution musicale. Du statut d'amateurs de rock, un brin désabusés mais désireux de tuer leur temps libre en grattant une six-cordes ou en tapant sur des bidons, les musiciens de LAN sont en train, gentiment mais sûrement, de gravir les étapes et de parcourir le chemin qui mène à la reconnaissance musicale.
Même s'ils ne passeront probablement jamais sur la Méthode Cauet ou ne feront jamais les choux-gras de Paris-Match, les LAN risquent fort de continuer à accumuler les concerts, les disques et les chansons qui restent gravés dans un souvenir et dans le creux d'une oreille. Peut-être parce que le talent et le travail, cela ne s'achète pas (même avec une Eurocard mastercard). Car LAN, c'est avant tout un groupe de potes, qui construisent et qui vivent leur musique ensemble, et dans la bonne humeur. En tendant l'oreille, on remarque que tout est bien en place, sans toutefois être trop léché. Le gros travail de production réalisé sur le dernier album y est pour quelque chose: les instruments se complètent, sans pour autant se marcher dessus et rendre le tout brouillon. Côté style, les nostalgiques retrouveront la chaleur de leurs années de folie où la Mano Negra cassait tout. Une influence toutefois mariée, entre autres choses, avec l'odeur des chansonniers du siècle passé qui composaient des chansons sur les ports ou sur les gorilles. LAN c'est frais et c'est bien. L'un des musiciens me disait d'ailleurs lors d'une précédente interview réalisée pour un autre canard que "LAN, c'est un peu comme une grande salade russe musicale". Et la salade russe, moi j'aime bien.
seb || le 16 janvier 2006