Le pianiste Colin Vallon est un des jeunes espoirs parmi les plus prometteurs de la scène jazz suisse actuelle. Avec le Colin Vallon Trio, mais aussi avec une multitude d’artistes, il écrit gentiment mais sûrement sa partition dans le real book helvétique.
Colin Vallon est un pianiste de jazz d’origine yverdonnoise exilé à Berne. Diplômé de la Swiss Jazz School de Berne, une école de jazz parmi les plus anciennes et les plus réputées en Europe, il a également été le lauréat, au cours de sa jeune carrière, -il est né en 1980-, de plusieurs distinctions musicales. Voilà pour une présentation succincte du bonhomme. Mais derrière ces froides considérations de notoriété, on trouve un jeune homme qui, outre son talent de pianiste, est un compositeur plein d’émotions, qu’il fait volontiers partager avec le groupe dont il est le leader, le Colin Vallon Trio. La formation connaît actuellement un certain (on parle de jazz) succès public et critique avec un premier album sorti en 2004 et intitulé Les ombres (cf. Focus).
Dans sa prime jeunesse, Colin Vallon débute la musique à 11 ans par le piano classique, encouragé par sa mère, elle-même organiste. « Je ne lisais pas la musique, mais je retenais et je retrouvais très facilement, à l’oreille, les pièces que d’autres jouaient. J’ai fait ça pendant deux ans, jusqu’à ce que les partitions deviennent trop compliquées », explique-t-il. Arrivé à ce stade, Colin laisse carrément tomber le piano, jusqu’à ce qu’un oncle et un cousin ne lui redonnent le goût de la musique, par l’intermédiaire du blues et de l’improvisation. « J’ai alors pris des cours avec Marc Üter, à l’époque du collège puis du gymnase. Du blues, mon prof m’a progressivement amené vers le jazz, et c’est à ce moment-là que je me suis inscrit à la Swiss Jazz School, en 1999 », nous dit Colin. Il y passe cinq ans à suivre l’enseignement de Silvano Bazan et de William Evans, le temps de décrocher son diplôme, de se tisser un réseau de connaissances et de profiter des conseils avisés de nombreux musiciens confirmés lors des workshops organisés par son école.
En parallèle, il fonde le Colin Vallon Trio avec son pote batteur Raphaël Pedroli et un troisième homme, à la basse. « Au début, nous étions assez main stream, en fait je crois qu’on voulait sonner comme les disques qu’on entendait. Mais petit à petit, nous nous sommes recentrés sur mes compositions et avons construit un son de groupe au fil des quelques concerts que nous donnions, » poursuit-il. Le Trio permet à Colin de se constituer une assise dans le milieu, et il est dès lors beaucoup demandé en tant que sideman, notamment par Cyrille Bugnon, Andy Scherrer, Bänz Öster et bien d’autres dans le jazz. Il accompagne également Lole (chroniquée par Newzik en février 2005) sur scène et travaille à un projet electro dans lequel il utilisera plus les claviers. Pour en revenir au jazz, Colin Vallon est actuellement sur un nouveau concept en compagnie d’Erik Truffaz, un quintette nommé Colin Vallon Cinq, et il s’apprête à lancer l’assaut sur la France puis l’Allemagne avec le Trio.

Focus
Le Colin Vallon Trio a enregistré son premier opus, Les ombres, en trois jours de janvier 2004. Colin, Raphaël Pedroli et le contrebassiste Lorenz Beyeler ont ensuite pu vernir cet album en mars suivant lors du Cully Jazz Festival, qui leur a réservé un accueil chaleureux. Les ombres a été écrit en un laps de temps assez allongé, puisque certains morceaux sont vieux de quatre ans. « J’ai pris le temps pour cet album. La plupart des morceaux ont été écrits dans le train et reflètent un sentiment, un état dans lequel je me trouvais. Ce sont des pièces simples, je dirais minimalistes, un peu à la manière des haïkus japonais », dit encore Colin. Tiré à 1000 exemplaires, Les ombres a déjà été retiré autant de fois, événement rare pour un disque de jazz en Suisse, ce qui montre bien l’intérêt témoigné au Colin Vallon Trio. Le disque sera d’ailleurs prochainement distribué en France, où le Trio ira le 2 mars prochain promouvoir sa musique à Paris, puis normalement aussi en Allemagne par la suite.
Notre avis
Les ombres est un disque de 12 titres alternant entre pièces calmes et morceaux plus soutenus. La couleur globale de cet album est assez sombre, et l’on comprend bien ce que veut dire Colin lorsqu’il dit que chaque pièce correspond à un état émotionnel bien précis. Les morceaux uptempo sonnent ouvertement jazz, alors que ceux plus lents bénéficient du background classique de Colin, et on apprécie par exemple Juste une ou Une rose en hiver. L’orchestration piano-contrebasse-batterie, très légère, est au service des morceaux, et les met en valeur dans toute leur potentialité. Le meilleur avenir possible s’annonce pour Les ombres et le Collin Vallon Trio, en Suisse, en France et ailleurs.
yann || le 20 février 2006