Les musiciens de Tiger The Lion distillent un voyage musical métissé et indéfinissable à découvrir en urgence.
Tiger The Lion. D’entrée de jeu, le nom du groupe genevois surprend. Sans avoir encore entendu la moindre note, on se prend alors à imaginer la sphère musicale dans laquelle évoluent les trois artistes romands. Une part de mélodies orientales, un brin de mélopées britanniques et quelques pousses de rythmiques romandes forment la solide base du groupe sur laquelle les trois musiciens déclinent à l’infini leurs influences, leurs envies, leurs sentiments et leurs voyages.
Leurs voyages, oui. Car Tiger The Lion c’est tout d’abord une magnifique histoire qui s’est crée avant, pendant et après plusieurs périples qui ont tous eu comme point commun de réunir les musiciens du groupe et comme résultat les notes que vous entendez actuellement (si vous n’avez pas encore cliqué sur le player juste au-dessus, c’est le moment, lâchez-vous !).
Avant 2003, le groupe s’appelait Day for Night et était composé de Lucy et Daniel ainsi que d’un bassiste, Patrick. De Day for Night, on est passé à Tiger The Lion et les tablas de David ont remplacé les quatre cordes de Patrick. « On a décidé de changer de nom, car lorsqu’un nouveau musicien arrive et qu’un autre part, c’est tout le groupe qui change d’identité. Cela a permis de tourner la page gentiment » explique Daniel, guitariste, compositeur et parolier du groupe.
La formation actuelle est née un peu par hasard, au détour d’un concert, comme souvent. Après quelques minutes de discussion et une jam quelques jours plus tard, les premières bases musicales de Tiger The Lion se construisent autour du koto (sorte de guitare japonaise, (j’espère que je ne me plante pas trop en disant cela…)) de Lucy, la guitare de Daniel et les tablas (instrument de percussion indien) de David. « L’harmonie du groupe est née naturellement. Encore maintenant, même si c’est Daniel qui compose une grande partie des morceaux, nous répétons et nous jouons de manière très instinctive. Nous essayons de créer ensemble » souligne Lucy. Le résultat donne un mélange de folksong, teinté d’influences orientales, principalement indiennes et japonaises. (Je n’aime pas trop les étiquettes et eux non plus alors le mieux c’est que vous écoutiez et que vous jugiez par vous-même.) Toujours est-il que, comme dans le curry, chaque ingrédient de Tiger The Lion se déguste avec délice.
A en croire le petit bout de chemin musical que les trois compères ont déjà parcouru, cela semble marcher plutôt bien pour eux. Une cinquantaine de concerts, un premier album, une tournée en Grande-Bretagne, la finale d’un concours de songwriting et des passages radios aux USA, en Angleterre et au Pays de Galles servent de références ( !!!) aux trois musiciens romands. Et puisque, comme tout bon musicien qui se respecte, ils souhaitent eux aussi un jour vivre de leur musique, ils vont enchaîner sur un deuxième album vers la fin mars (sur lequel figureront les titres que vous trouvez sur le site), ainsi qu’une tournée, du 11 avril au 23 avril, qui les mènera entre Londres, Edimbourg, Glasgow et St-Andrews, entre autres. La prochaine date suisse est fixé au Festival Hors-Tribu de Môtiers.
Juste pour terminer, la question que vous vous posez tous : « Pourquoi Tiger The Lion ? » Eh bien, même si je connais la réponse, je ne vous dirai pas. Ce sera pour vous l’occasion d’une part d’aller les voir en concert près (ou loin, c’est selon) de chez vous et de leur demander vous-même, parce que figurez-vous, ils sont on ne peut plus sympathiques.
See you Tiger The Lion !



Focus
Je vous parlais tout à l’heure des voyages. Et probablement qu’en lisant vous vous êtes dit : « Eh bien voilà. Il nous raconte un truc et trois lignes plus loin il change de sujet et on en sait pas plus… » Pas de panique, c’était fait exprès. Comme je vous le disais donc, si Tiger The Lion existe, c’est en grande partie grâce aux voyages vécus par les trois membres du groupe. Le mieux, je pense, est que je les laisse raconter à ma place. « Pour moi, le voyage passe obligatoirement par la découverte de nouvelles cultures, dont la musique traditionnelle et folkorique fait partie. Ecouter de la musique c’est voyager, explique David, le percussionniste et batteur de jazz à ses heures perdues et passées. L’Inde a été pour moi une véritable révélation, même si c’est au Pakistan que j’ai découvert les tablas pour la première fois. J’ai alors pris une vraie baffe, je me suis dit : « c’est ça que je veux faire ! » A partir de là, mes priorités ont été totalement bouleversées ».
Pour Lucy, l’histoire est presque la même, tout en étant très différente : « Quand je suis partie pour le Japon, tout de suite après l’université, je n’étais pas spécialement attirée par la musique japonaise mais j’étais totalement fascinée par la culture dans son ensemble. Là-bas, j’ai eu la chance d’être logée dans un petit village, loin de Tokyo et de la modernité de la ville. J’y ai chanté dans des chœurs et joué du tambour japonais. J’ai eu aussi l’occasion de rencontrer une vieille dame qui était professeur de Koto. Il faut savoir que là-bas, une jeune femme, si elle veut se marier, est obligée d’apprendre le Koto. Alors par politesse, j’ai accepté, sans vraiment être convaincue. Après un an de répétition, j’ai ressenti un fort attachement pour cet instrument, avant de l’adopter complètement une fois revenue en Europe ».
Daniel était lui aussi fortement attiré par le Japon mais plus par le côté musical : « J’avais étudié la musique à l’université et j’étais très attiré par le son de la flûte et du luth populaire japonais. Je suis vraiment allé au Japon avec une idée précise en tête, celle d’apprendre et d’approcher la culture musicale du pays ». Ce qu’il n’avait peut-être pas calculé, c’est que, au Japon, il allait jouer de la musique avec celle qui partage sa vie aujourd’hui, Lucy : « Ce qui est drôle c’est que, au Japon déjà, nous jouions ensemble. Seulement, c’était principalement des tubes des Beatles ! C’est ce que les gens veulent entendre là-bas. Ce n’est qu’en revenant ici que nous avons commencé à utiliser dans notre musique, les éléments traditionnels rencontrés là-bas ».
Si les voyages ne forment peut-être pas la jeunesse, pour la musique, cela semble être le cas…
Notre avis
L’écouter, c’est l’adopter !
seb || le 28 février 2006