Inside Out est une formation jurassienne regroupant des musiciens expérimentés possédant un solide bagage musical, qui explorent les ouvertures possibles du groove tout en gardant l’essence de l’improvisation jazz. Interview avec le guitariste Serge Kottelatt.
Salut Serge ! Peux-tu nous présenter Inside Out en quelques mots ?
Inside Out est un quartet de jazz moderne dont une des particularités est celle d’exister depuis plus de 12 ans, presque un record de longévité (rires). L’instrumentation (flûtes, guitare acoustique et électriques, contrebasse et batterie) est une de ses originalités. En effet, les instruments acoustiques se mêlent à la guitare électrique et la palette musicale est ainsi très variée. Nous privilégions le côté groovy dans notre musique ainsi que l’écriture des thèmes.
Comment t’es-tu retrouvé dans ce groupe ? J’ai lu dans ta biographie que tu es issu du hard rock. Comment s’est passée la transition ?
Ayant toujours été de nature très curieuse, lorsque Alain Tissot m’a proposé la place de guitariste dans le groupe, qui s’appelait alors Sextett Art Ensemble, j’ai accepté immédiatement. J’avais déjà vu ce groupe en concert et leur réputation n’était plus à faire. J’avais juste quelques petites craintes de ne pas pouvoir assumer au milieu de tous ces musiciens virtuoses issus de conservatoires, mais j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai bossé comme un fou, découvrant une musique passionnante et riche.
Depuis vos débuts, beaucoup de musiciens ont fait un bout de chemin avec Inside Out. Du fait de ces évolutions de line-up, comment peut-on caractériser l’esprit Inside Out, en fin de compte ?
Le noyau de base d’Inside Out est constitué d’Alain Tissot, Mathieu Schneider et moi-même, nous jouons ensemble depuis 1990. Popol Lavanchy est arrivé en 2001, mais il fait partie intégrante du groupe. Parallèlement à ce quartet, nous avons toujours énormément de plaisir à partager la scène avec d’autres musiciens, ce qui nous permet ainsi de proposer parfois des projets originaux, tel la suite Standissimo (une composition d’Alain )jouée l’année passée à Moutier, avec trois invités avec qui l’on avait déjà joué et enregistré précédemment : Matthieu Michel (bugle et trompette), Sylvain Beuf (sax) et Eric Seva (sax). Et sinon, pour les changements de line-up, c’est une normalité pour un groupe de cette longévité, de temps en temps, un musicien ou l’autre éprouve le besoin de prendre une autre direction, donc il nous quitte, nous laissant en héritage de jolies musiques de même que de nombreux souvenirs. Un autre arrive, le son du groupe s’en trouve modifié et de nouvelles voies se dessinent…
Lorsque Popol Lavanchy est arrivé, vous êtes passé d’un registre électrique à une musique plus acoustique, qui avait abouti à l’album live Soleil. Comment se présente le répertoire d’Inside Out à présent ?
Actuellement, le son du groupe ressemble beaucoup à notre dernier CD, ce disque restitue très fidèlement notre musique actuelle, avec ses nuances et ses couleurs. On y trouve du groove, des ambiances, beaucoup d’improvisation, de l’énergie et de l’humour, c’est du moins ce que je m’imagine (rires). D’ailleurs, une grande partie des titres sont toujours joués actuellement lors de nos concerts. Les nouveaux morceaux n’en sont qu’un prolongement et appartiennent vraiment à la même famille.
Le groupe a beaucoup bourlingué, dans les pays limitrophes, mais aussi en Angleterre, en ex-Yougoslavie, au Canada. Quels souvenirs gardes-tu de ces expériences ?
Comme j’aime voyager et découvrir de nouveaux pays ainsi que rencontrer des gens aux cultures et histoires différentes, je suis toujours très excité à l’idée de partir en tournée à l’étranger. On y ramène forcément plein de souvenirs et certainement même quelques sons ou couleurs propres à ces pays. Sans parler des situations cocasses auxquelles nous autres musiciens suisses pouvons être confrontés lorsque l’organisation locale ne fonctionne pas forcément dans le genre « propre en ordre » qui caractérise la plupart des lieux qui nous accueillent ici.
Vous revenez récemment d’une tournée au Kenya. Comment votre musique a-t-elle été accueillie ?
Très bien, vraiment très bien. Les kenyans furent surpris et émerveillés par la diversité de notre répertoire, car leur musique se résume principalement à un style somme toute assez typique. Là-bas, nous avons eu la chance entre autres de pouvoir animer un atelier de trois jours avec les meilleurs musiciens locaux. Le résultat fut proposé au public lors d’un concert en commun devant une audience survoltée. L’ambiance fut donc torride et le souvenir reste brûlant.
As-tu une anecdote à raconter au sujet de ce voyage en particulier ?
La précarité du matériel local fut déjà à elle seule très anecdotique, particulièrement les batteries et les contrebasses. Par exemple, les peaux d’une batterie sont montées au moyen d’un cercle de métal normalement fixé par huit vis qui permettent ainsi de régler la tension des peaux. Là-bas, il n’y en avait que quatre, d’où notre question : pourquoi ? La raison fusa très naturellement : les autres ont été « empruntées » il y a bien longtemps, quatre suffisent et les quatre autres rendent services ailleurs (rires). Les vis permettant le réglage des pieds de batterie subissent le même sort, résultat au lieu d’être réglables, ils sont…soudés. On ne parle même pas de l’état des peaux et de la batterie en général. La meilleure est toujours nettement inférieure à un bas de gamme ici. Pareil pour la contrebasse, il a fallu chaque fois plusieurs heures de travail sur l’instrument avant de pouvoir le jouer réellement. Heureusement que nous avons appris avec les années à passer ce genre d’épreuves avec le sourire, du coup, ces situations à priori ennuyeuses en deviennent finalement anecdotiques et joyeuses.
Et à présent, quels sont vos objectifs ? Avez-vous des projets particuliers ?
Pas d’objectif particulier si ce n’est de continuer encore longtemps notre bonhomme de chemin ensemble, et de passer de bons moments avec le public qui nous le rend bien. A part cela, le concert-événement de Standissimo dont je parlais précédemment a été filmé et enregistré. Nous étudions l’éventualité d’en faire un DVD, affaire à suivre donc…



Focus
La préhistoire d’Inside Out commence en 1985 avec la formation du Sextet Art Ensemble, qui aboutira en 1992 à un album intitulé Magic Tales. À l’époque, vibraphone, claviers et violoncelle enrichissent encore l’instrumentation, qui se retrouve réduite à la portion congrue flûte-guitare-basse-batterie dès 1994 et le premier album sous le nom d’Inside Out, Fragments of Time. Dès ce moment-là, le groupe travaille en quartet et invite des guests, principalement des souffleurs, lorsqu’il se rend en studio. De ces collaborations naîtront les excellents Dancing on a Floating Island (1996) et Idiosyncrasy (1999), vraiment très groovy, avant que Popol Lavanchy et sa contrebasse ne soient embauchés en 2001. Inside Out prend alors un virage plus acoustique, dont résultera l’album Soleil (2003), qui réunit des anciens morceaux version Lavanchy, ainsi que de nouvelles compositions. Le tout enregistré au pays, au Café du Soleil de Saignelégier, comme un retour aux sources symbolique pour un groupe jurassien qui s’est bien expatrié !
Notre avis
Inside Out, moi j’aime bien. Ça fait longtemps que je connais les oiseaux, depuis l’époque de Dancing on a Floating Island. Pour les avoir vus plusieurs fois en live, toujours en quatuor, je vous garantis que si vous vous êtes repris une bonne baffe à l’écoute des disques, vous ne pourrez qu’être enchantés de leur prestation live contrebalançant esprit jazz et décontraction humoristique. Extraordinaires envolées mélodiques à la flûte, solos de guitare in yo’ face, contrebassiste déjanté et batteur qui pose des beats aussi lourds que délicats, y a pas photo, c’est tout c’qui faut !
yann || le 20 mars 2006